Scène VI
Je suis sa nouvelle mère… J’étais bien sûre qu’il me recevrait, puisque je suis sa nouvelle mère ! (Elle entre.) Oh est il ? (À Baude-Boby.) J’ai accouru pour le prévenir de quelque chose de très urgent. Il parait que les Princes sont en Norvège !
Ah !
Oui, alors, les jeunes mariés n’iront pas en Italie, ils iront en Norvège… Je venais prévenir le vicomte.
Ça va lui faire bien plaisir !
C’est une occasion unique pour présenter sa jeune femme aux Princes, vous comprenez ?
Oui, je crois bien qu’il vaudrait mieux ne pas déranger encore une fois les projets de Houdan. Il est… très content d’aller en Italie… Ne l’envoyez pas en Norvège.
Ne l’envoyez pas en Norvège !
Alors, ils iront en Norvège en passant par l’Italie. (À Baude-Boby.) Ah ! et puis, autre nouvelle qui va l’intéresser : Monseigneur Petit-Rouget consent à bénir le mariage malgré son attaque de goutte ; il m’écrit, écoutez ceci… (Elle tire un papier de son petit sac et lit.) « Je serai très heureux d’appeler les bénédictions du ciel sur l’union de ces deux intéressants jeunes gens, nouveau gage d’alliance entre deux familles, l’une riche de ses antiques vertus, l’autre de ses biens terrestres… » (Parlé.) Je l’ai toujours dit ! Il n’y a plus que le haut clergé pour savoir écrire en français.
Et il a du mérite ! C’est dur, vous savez, Madame ! Les gens qui n’écrivent pas dans les journaux ne s’imaginent pas comme c’est dur d’écrire en français : ainsi moi, pour cette note, avec ce mot « mariage » qui revient tout le temps…
En tout cas, tâchez d’en mettre le plus que vous pourrez. Ce n’est pas ce qu’on dit qui est important. Il faut qu’il y en ait long !… (Cherchant des yeux le vicomte.) Mais où est-il donc ?
Le voici !
Enfin vous voilà, Robert !
Ça y est !
Présentez-moi donc ce monsieur que je ne connais pas.
Vous voulez que je vous présenta Boucherot ?
J’en serai ravie.
M. Boucherot, un ami, à qui j’ai fait faire des placements d’argent assez rémunérateurs.
Robert, vous allez être tout à fait content ! Vous allez faire le plus beau des voyages !
Oh ! l’Italie !
Comment, la Norvège ?
Oui, les princes sont en Norvège. En voyage, les princes se laissent plus facilement approcher ; on prend les mêmes trains qu’eux, on organise une ascension pour le même jour, sur la même montagne…
Ah !
Et puis une nouvelle qui va vous intéresser : Monseigneur Petit-Rouget consent à bénir le mariage.
Ah !
Je suis bien heureuse, Robert !
Si elle m’appelle encore « Robert », je l’appelle « Eugénie ».
Vous avez reçu des nouvelles de la chanoinesse, Robert ?
Non, Eugénie !
Ah ! Que vous êtes gentil ! Vous êtes vraiment trop gentil, Robert. Laissez-moi vous embrasser.
Elle n’est pas possible !