Scène VII
M. le vicomte, voici madame la baronne Pépin.
Faites entrer !
Il ne manquait plus que ça !
Ah ! chère amie !
Chère amie ! Bonjour, messieurs ! Mon bien aimé Robert, quel heureux jour ! Dire que tout ceci est mon ouvrage ! (Elle s’aperçoit que le vicomte est en peignoir.) Vous n’êtes pas habillé !
Si… pas tout à fait !
Voyons, voyons !
Qu’est-ce qu’il y a ?
Je ne veux plus me marier.
Qu’est-ce que vous dites ?
Je ne veux plus voir cette personne.
Mais si ! Vous vous y ferez !
Robert !
Madame !
« Eugénie ».
On dirait que je l’impatiente.
Non, il vous aime beaucoup, vous lui êtes très sympathique… Mais il vaut mieux vous en aller !
Vous croyez ?
Vous venez avec moi ?
Non, je crois que j’ai encore à faire ici.
Je me sauve ! La mairie tout à l’heure, ce soir le grand dîner, demain le mariage à l’église ! je suis débordée, absolument débordée ! Mais je suis dans mon élément ! Au revoir ! (Tendrement.) À tout à l’heure, Robert !
Oui, ça va bien, ça va bien !
Je veux changer de petit nom ! Je ne veux pas être le gendre de cette femme-là ! Mon état de santé ne me le permet pas, non, madame, non, mon vieux Boucherot ! J’ai des scrupules ! Ces gens-là me croient bien portant, je suis très malade, je commets une mauvaise action en entrant dans cette famille-là.
Qu’est-ce que vous racontez là !
Vous vous portez très bien, ce sont des prétextes !
Je ne vais pas bien aujourd’hui, je suis malade, on ne se marie pas quand on est malade ! Le docteur va vous le dire ! (ouvrant la porte du fond.) Toussaint ! Toussaint ! Téléphonez an docteur… Non, pas le téléphone, l’Américaine est dedans… Allez chez lui, en face !
Dites-lui de venir tout de suite c’est pour un cas très urgent, très grave.
Tous voyez, je fais cette dernière expérience pour vous faire plaisir ! Vous ne direz pas que je n’ai pas tout tenté ! Si ce médecin estime que je puis me marier sans danger pour moi, et sans déloyauté vis-à-vis de cette jeune fille, eh-bien ! je m’inclinerai. J’irai me marier sans enthousiasme, mais j’irai.
Tous pourriez peut-être toujours vous habiller pour parer à tout événement.
Oui, je vais même faire cela pour vous, je vais m’habiller, je vais vous donner une preuve éclatante de ma bonne volonté, je vais m’habiller. (Il se lève.) Voilà tous mes vêtements, mon pantalon, mon gilet, ma redingote… Pas de cravate ! Vous voyez, Boucherot, la vie est un combat perpétuel ! pas de cravate ! Je ne me marierai certainement pas sans cravate.
Je vais vous en trouver une, moi !
Il est vrai que ça n’a pas d’importance, car le docteur me trouvera très malade et me défendra certainement de me marier.
En voilà, des cravates !
Elles ne sont pas mettables. Ce sont des cravates de l’année dernière.
En voilà une qui est très bien.
Boucherot, nous n’avons jamais eu les mêmes idées ni sur les cravates, ni sur les pardessus.
Monsieur le Vicomte, voilà le docteur.