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Classiquesen Ligne

Scène VII

Les Mêmes, LA BARONNE PÉPIN.
TOUSSAINT, entrant.

M. le vicomte, voici madame la baronne Pépin.

BOUCHEROT.

Faites entrer !

LE VICOMTE, à part.

Il ne manquait plus que ça !

MADAME HERBELIER, à la baronne.

Ah ! chère amie !

Effusions.
LA BARONNE.

Chère amie ! Bonjour, messieurs ! Mon bien aimé Robert, quel heureux jour ! Dire que tout ceci est mon ouvrage ! (Elle s’aperçoit que le vicomte est en peignoir.) Vous n’êtes pas habillé !

LE VICOMTE.

Si… pas tout à fait !

LA BARONNE.

Voyons, voyons !

LE VICOMTE, lui fait signe de la tête de s’approcher tout près de lui.
Écoutez un peu.
LA BARONNE.

Qu’est-ce qu’il y a ?

Elle écoute.
LE VICOMTE, bas.

Je ne veux plus me marier.

LA BARONNE.

Qu’est-ce que vous dites ?

LE VICOMTE, même jeu.

Je ne veux plus voir cette personne.

Il montre madame Herbelier d’un geste de la tête.
LA BARONNE, regardant madame Herbelier.

Mais si ! Vous vous y ferez !

MADAME HERBELIER, s’approchant.

Robert !

LE VICOMTE, excédé.

Madame !

MADAME HERBELIER, persuasive.

« Eugénie ».

Le vicomte la regarde un instant, puis lui tourne le dos brusquement.
MADAME HERBELIER, à la baronne.

On dirait que je l’impatiente.

LA BARONNE.

Non, il vous aime beaucoup, vous lui êtes très sympathique… Mais il vaut mieux vous en aller !

MADAME HERBELIER.

Vous croyez ?

LA BARONNE.
Le plus tôt sera le mieux !
MADAME HERBELIER.

Vous venez avec moi ?

LA BARONNE, entendue.

Non, je crois que j’ai encore à faire ici.

MADAME HERBELIER.

Je me sauve ! La mairie tout à l’heure, ce soir le grand dîner, demain le mariage à l’église ! je suis débordée, absolument débordée ! Mais je suis dans mon élément ! Au revoir ! (Tendrement.) À tout à l’heure, Robert !

LA BARONNE, la faisant sortir.

Oui, ça va bien, ça va bien !

LE VICOMTE, au comble de l’exaspération.

Je veux changer de petit nom ! Je ne veux pas être le gendre de cette femme-là ! Mon état de santé ne me le permet pas, non, madame, non, mon vieux Boucherot ! J’ai des scrupules ! Ces gens-là me croient bien portant, je suis très malade, je commets une mauvaise action en entrant dans cette famille-là.

LA BARONNE.

Qu’est-ce que vous racontez là !

BOUCHEROT.

Vous vous portez très bien, ce sont des prétextes !

LE VICOMTE.

Je ne vais pas bien aujourd’hui, je suis malade, on ne se marie pas quand on est malade ! Le docteur va vous le dire ! (ouvrant la porte du fond.) Toussaint ! Toussaint ! Téléphonez an docteur… Non, pas le téléphone, l’Américaine est dedans… Allez chez lui, en face !

LA BARONNE, à Toussaint.

Dites-lui de venir tout de suite c’est pour un cas très urgent, très grave.

LE VICOMTE, se mettant sur ton lit.

Tous voyez, je fais cette dernière expérience pour vous faire plaisir ! Vous ne direz pas que je n’ai pas tout tenté ! Si ce médecin estime que je puis me marier sans danger pour moi, et sans déloyauté vis-à-vis de cette jeune fille, eh-bien ! je m’inclinerai. J’irai me marier sans enthousiasme, mais j’irai.

LA BARONNE, près du lit.

Tous pourriez peut-être toujours vous habiller pour parer à tout événement.

LE VICOMTE.

Oui, je vais même faire cela pour vous, je vais m’habiller, je vais vous donner une preuve éclatante de ma bonne volonté, je vais m’habiller. (Il se lève.) Voilà tous mes vêtements, mon pantalon, mon gilet, ma redingote… Pas de cravate ! Vous voyez, Boucherot, la vie est un combat perpétuel ! pas de cravate ! Je ne me marierai certainement pas sans cravate.

Il se recouche.
LA BARONNE.

Je vais vous en trouver une, moi !

LE VICOMTE.

Il est vrai que ça n’a pas d’importance, car le docteur me trouvera très malade et me défendra certainement de me marier.

LA BARONNE, ouvrant un meuble dans lequel on aperçoit des cravates.

En voilà, des cravates !

LE VICOMTE.

Elles ne sont pas mettables. Ce sont des cravates de l’année dernière.

BOUCHEROT.

En voilà une qui est très bien.

Il montre une cravate.
LE VICOMTE.

Boucherot, nous n’avons jamais eu les mêmes idées ni sur les cravates, ni sur les pardessus.

TOUSSAINT, entrant.

Monsieur le Vicomte, voilà le docteur.