Scène IX
Eh bien ! mon pauvre ami, on en aura de la peine à faire votre bonheur ! C’est une tâche, vous savez !… Allons, habillez-vous !
Et vous n’avez pas de remords ? Vous ne pensez pas une minute aux responsabilités ?
Quelles, responsabilités ? Je vous marie à une petite fille délicieuse…
Elle est trop délicieuse pour moi. Qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse ? Voyons, baronne, vous êtes une amie de ma famille, vous m’avez connu très jeune.
Mon cher enfant, il faut que je vous parle sérieusement et profondément. Vous n’avez pas de parents pour vous assister ; considérez-moi comme une grande sœur : je veux que vous soyez heureux, vous comprenez bien… hein ?
Je ne serai pas heureux.
Pourquoi dites-vous ça ? Dites-moi ce qui vous fait peur ?
Mais vous n’aurez pas à vous fatiguer ; vous vous faites sur le mariage des idées absurdes, des idées de célibataire. Ça ne vous servira à rien de vous fatiguer ! Ne vous croyez pas obligé de vous fatiguer par politesse pour votre jeune femme ; au contraire, vous dis-je, fatiguez-vous le moins possible.
Vous croyez ?
Avec une petite fille comme ça, les paroles valent mieux que les actes.
Les paroles m’embêtent autant.
Vous n’aurez même pas besoin de lui parler souvent.
Vous croyez ?
Souriez-lui !
Et si elle est sentimentale !
Prenez-lui la main de temps en temps… (Avec sentiment.) Tenez ! Je vous vols, faisant avec elle, dans un beau pays de soleil, de charmantes promenades en voiture. Vous prendrez sa main dans la vôtre. (Elle chante.) « Et la main dans la main » (Parlé) Vous penserez à autre chose.
À quoi ?
À rien du tout, (Elle lui tend son pantalon.) Tenez, habillez-vous !
Quelle influence vous avez sur moi !
Eh bien ! vous n’allez pas vous déshabiller devant moi. Je vais vous attendre par là !
Non, là il y a déjà une baignoire. Tenez, ici.
Je vous donne un quart d’heure, pas une seconde de plus !
Il faut y aller ! C’est la seule façon de me débarrasser d’elle.
Où en êtes-vous ?
Plus Vite ! plus vite !
Faut-il que vous en ayiez envie de vos obligations de chemins de fer !
Mon cher ami, je n’aime pas du tout ce genre de plaisanteries ! Vous n’avez plus que dix minutes !
Si vous me faites perdre la tête, je me couche.
Allons ! allons ! allons !
Oh ! elle m’embête ! (Il se dirige sournoisement vers la petite porte, y donne un tour de clé.) Là !… (Cherchant autour de lui.) Où sont mes bottines maintenant ! (Il regarde tous les meubles.) Faut-il lutter pour tout dans la vie ! Je ne peux pourtant pas me marier pieds nus. (Appelant !..) Toussaint, où est-il ?… Il est allé boire avec Boucherot !… (Il a trouvé ses bottines et va ouvrir la porte du fond…) Toussaint !…
Il referme brusquement la porte, redescend. Madame de Crèvecœur entre en coup de vent, tenant par la main la petite Irène (six ans.)