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Classiquesen Ligne

III

Comme l’eau de la Rivière
S’écoule le Temps :
À peine est-il en arrière,
Qu’il est en avant.



Au mois de Juin on fait les foins.

Il y a dix ans que bonne-maman est morte.

Nous sommes en 1898. Donc Madeleine a vingt-six ans. On n’est pas vieille à vingt-six ans. Enfin, on n’a plus seize ans. On est tout de même bien à temps pour se marier. Il vaut mieux ne pas se marier trop jeune. On reste comme ça plus longtemps avec sa mère.

Ainsi raisonne la jeune fille dans ce même jardin où l’on vint l’appeler quand son aïeule mourut, il y a dix ans, par cette matinée si limpide qu’elle n’existait presque pas ; où l’œil cherchait en vain, au-dessus de lui, un nuage dans la lumière, sœur de l’eau pure ; où le verger d’un rose pâle ressemblait à une constellation et à un grand madrépore ; où elle avait seize années dans le cœur aussi bien qu’un nid a des fauvettes.

Il y a quelques nuages aujourd’hui dans le ciel.

La lessive est suspendue, si blanche qu’elle éblouissait jadis Madeleine.

Elle ne l’éblouit plus. Ses yeux se sont habitués aux travaux de plein air. Elle-même vient d’étendre des nappes. Sa mère est fatiguée, soixante-deux ans.

— J’ai vingt-six ans. C’est un bon âge pour fonder un foyer. Que le foin coupé sent bon. Oh ! le commencement de l’été !