V
Comme l’eau de la Rivière
S’écoule le Temps :
À peine est-il en arrière,
Qu’il est en avant.
Madeleine est toujours là. Personne n’est venu cueillir la jolie fille, parce que la jolie fille est honnête et que c’est le mariage ou rien. En Août, le verger n’est plus d’un rose pâle. Il est doré. Mais je ne sais pas si c’est dans les cheveux de Madeleine ou sur la cime des pommiers que l’on voit des fils d’argent que l’hirondelle entraîne.
— Quel âge a votre mère, Madeleine, aujourd’hui ?
— Soixante-et-onze ans, Madame.
— Et comment va-t-elle ?
— Toujours la même, pas bien ! Ah ! nous aurions bien besoin d’un bureau de tabac. Nous possédons encore une petite rente sur l’État français, mais d’autres valeurs ont sombré qu’on nous avait conseillées et que nous avions prises. Il faudra vendre quelque chose si l’on opère maman, la montre de grand’mère. Ce n’est pas facile, notre vie, mais nous nous aimons tellement que nous sommes heureuses. Le soir, quand la lampe est allumée, je lis à haute voix quelque livre qui parle du Ciel. Et, même quand nous pleurons ensemble, nous ne sommes pas tristes. Je vous quitte. Il faut que j’aille lui faire prendre sa potion.