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Classiquesen Ligne
Table des matières IChapitre 33 / 37

II


« Vous êtes fou ! » répliqua Antoine Bressacq.

Il ne doutait pas de la réussite, lui. Il se pencha sur la jeune femme.

« Toujours tranquille ?

— Non, non, murmura-t-elle.

— Qu’est-ce qui vous tourmente ?

— Rien… rien et tout… Allons-nous-en. »

Il eut un geste de colère.

« Ah ! ça non… Je vous l’avais bien dit… les femmes doivent rester chez elles… surtout une femme comme vous, impressionnable et nerveuse. »

Elle reprit :

« Si je souffre trop, nous partirons, n’est-ce pas ?

— Ah ! ça, je vous le jure. Dès que vous l’exigerez, nous partirons. Mais pas de caprice, je vous en supplie. Ce serait vraiment trop bête d’être venu ici pour rafler dix millions, de savoir qu’ils y sont, et de s’esquiver les mains vides. C’est contraire à mes habitudes. »

Victor ricana, tandis que Bressacq se remettait à l’ouvrage :

« Notre besogne est un spectacle pénible pour une femme… Ce vol n’est sûrement pas dans ses idées.

— Pourquoi est-elle venue ?

— Pour voir comment nous agirions dans le tumulte d’un cambriolage, au milieu des policiers, et pour voir comment elle s’y comporterait elle-même. Or, notre cambriolage est tout ce qu’il y a de plus bourgeois et pot-au-feu… un inventaire de petits commerçants dans leur arrière-boutique. »

Il se leva brusquement.

« Écoutez. »

Ils écoutèrent.

« Je n’entends rien, dit Bressacq…

— En effet, en effet… avoua Victor… il m’avait semblé…

— Du côté du terrain vague ? ça m’étonnerait. J’ai remis la chaîne à la barrière.

— Non, du côté de la maison…

— Mais c’est impossible ! » riposta Bressacq.

Il y eut un long silence, que troublaient seules les investigations de Bressacq.

Un objet tomba, par sa faute.

La jeune femme se dressa, effrayée.

« Qu’y a-t-il ?

— Écoutons… écoutons… exigea Victor, qui s’était levé aussi… Écoutons…

— Mais enfin, quoi ? » fit Bressacq.

Ils écoutèrent. Bressacq affirma :

« Aucun bruit.

— Si, si, c’est dehors, cette fois, j’en suis persuadé. Ce que vous êtes embêtant, sacrebleu ! prononça Bressacq qui commençait à s’irriter contre ce singulier collaborateur, toujours sur le qui-vive, et si placide à la fois. Vous feriez mieux de chercher comme moi. »

Victor ne bougeait pas, l’oreille tendue. Sur le boulevard une auto passa. Un chien aboya dans une cour voisine.

« Moi aussi, j’entends… dit Alexandra

— Et puis, ajouta Victor, vous n’avez pas pensé à une chose, que j’ai remarquée en venant, c’est que la lune était sur le point de se lever, et que tout le mur, de l’échelle va se trouver bientôt en pleine lumière.

— Je m’en f… » s’écria Bressacq.

Tout de même, pour se rendre compte, il éteignit l’électricité, écarta la tapisserie, ouvrit la glace sans tain, et se pencha.

Presque aussitôt, Victor et Alexandra entendirent un juron étouffé. Que se passait-il ? Qu’apercevait-il dehors, dans le terrain vague ?

Il rentra, et au bout de quelques secondes, il dit simplement, dans les ténèbres :

« L’échelle a été retirée ».

Victor jeta un cri rauque et s’élança vers la baie. Lui aussi, mâchonna un juron. Puis, refermant la vitre et replaçant la tapisserie, il dit à son tour :

« L’échelle a été retirée. »

C’était là un fait incompréhensible, et Victor, après avoir rallumé, en marqua toute la signification redoutable.

« Une échelle ne s’enlève pas toute seule… Qui l’a enlevée ? Des types de la police ? Dans ce cas, nous sommes repérés, car on a dû voir où elle aboutissait, c’est-à-dire au second étage… à cette ouverture…

— Alors ?

— Alors, inévitablement, on va pénétrer dans l’hôtel et découvrir le pot aux roses. Il faut s’attendre à un assaut. La seconde porte est bien fermée, là, au bout du couloir ?

— Mais oui ! Mais oui !

— Ils la démoliront. Qu’est-ce que c’est que ça, une porte ? Non, je vous le dis… c’est l’assaut ! Nous allons être pris là, tous les trois, comme des lapins dans leur terrier !

— Vous en avez de bonnes, vous ! protesta Bressacq. Si vous croyez que je me laisse pincer comme ça, moi !

— Mais puisque l’échelle est retirée…

— Et les fenêtres ?

— Nous sommes au second étage, et les étages sont très haut. Peut-être pourrez-vous filer par là, mais pas nous. D’ailleurs…

— D’ailleurs ? grogna Bressacq.

— Vous savez bien que les volets extérieurs sont reliés par des fils à un système de signaux avertisseurs. Mors vous imaginez ça, dans la nuit, les timbres qui retentissent ?… »

Bressacq le regarda, d’un œil mauvais. Pourquoi ce sacré bonhomme, au lieu d’agir, se contentait-il de dénombrer en les grossissant tous les obstacles ?

Prostrée sur un fauteuil, Alexandra serrait les poings contre ses joues. Elle n’avait pas d’autre idée que de contenir la peur qui bouillonnait en elle. Et pour cela, elle ne remuait pas, elle ne disait pas un mot.

Antoine Bressacq avait ouvert l’une des fenêtres avec prudence. Aucun signal ne fut déclenché. C’était donc bien les volets qui commandaient les sonneries. Il les examina soigneusement, du haut en bas, et dans toutes leurs rainures.

« Ça y est ! Tenez… Le mécanisme est niché je ne sais où, mais voici le fil de métal qui conduit dehors, vers un timbre qui doit être au rez-de-chaussée. »

Ce fil, il le coupa vivement avec une petite pince. Puis il manœuvra une forte barre de fer qui reliait les quatre battants des volets, et leva un loquet.

Il n’y avait plus qu’à pousser.

Il risqua le geste, très doucement.

Ce fut immédiat. Dans la pièce, au plafond, la sonnerie d’un timbre jaillit, comme précipitée par un ressort irrésistible.