De Sanguiana à Moussaïa.
23 février. — Le pays est toujours fort boisé ; on traverse à diverses reprises des bois de sô et de sanan. Les colocolo sont très communs partout sous forme de petits buissons à feuillage rougeâtre. J’ai aperçu aussi des sômons. Partout la brousse est en pleine végétation. De toutes parts, des pousses sortent du sol et épanouissent leurs jeunes feuilles puis leurs fleurs.
A quoi attribuer ce renouveau qui paraît avoir commencé vers le 1er janvier ? La température et le climat ne peuvent l’expliquer. Le sol est sec à plusieurs pieds de profondeur. Les nuits sont, il est vrai, un peu plus fraîches dans les vallées ; la rosée, le matin, est abondante, surtout sur les Graminées.
Les feuilles sensibles sont très nombreuses dans la brousse, surtout à cette époque de l’année, alors qu’elles sont jeunes ; la nuit surtout, la plupart des Légumineuses laissent pendre leurs folioles et dès le soir, ces feuilles endormies donnent au port des arbres et à l’aspect du paysage, une allure bien différente de celle qu’il aura pendant la journée, au grand soleil.
Les plantes qui fleurissent maintenant, en général, ont des feuilles développées avant les fleurs. Cependant on trouve fréquemment, pour la même espèce, des arbres en feuilles (de l’année précédente) sans fleurs, des arbres dépouillés de feuilles mais fleuris, enfin des arbres couverts de fleurs et de jeunes feuilles. Après une heure de marche environ, nous arrivons dans une région où se trouvent des cases complètement détruites. La brousse a déjà envahi tout l’emplacement. C’est, paraît-il, un village détruit par Samory. Je trouve à côté quelques exemplaires de tingué en fleurs et fruits. Cet arbuste est le Cordia Myxa L. non spontané, mais naturalisé aux alentours des villages de la boucle du Niger. Il n’est pas rare de rencontrer de jeunes baobabs dans la brousse, aux points où se trouvent des restes de cases.