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Classiquesen Ligne

Maréna et Faralako.

24 mars. — La route que nous suivons au départ de Komana n’est pas très pittoresque. On traverse un marigot à 1 kilomètre environ de Komana.

La liane goïn est assez abondante. Les chercheurs de caoutchouc, en beaucoup d’endroits, ont fait tomber les lianes des arbres qui leur servent de support. L’extrémité en est ordinairement morte, desséchée. Sur chaque segment compris entre deux entailles, un bourgeon dressé donnant un jeune rameau vigoureux s’est développé.

Le couroumalé (Landolphia amœna Hua) est assez commun.

Les villages de Maréna et de Marenakoro sont à une distance de 300 mètres l’un de l’autre. A Marena je trouve un Kolatier assez vigoureux, sans fruits. Au pied se trouve un carré d’ananas actuellement en fleurs.

Pour arriver au prochain village, il faut traverser un marigot, très profondément encaissé, bordé d’une épaisse verdure. Ce passage s’effectue sur un pont de branches, suspendues dans les lianes, assujetties tant bien que mal avec des rubans d’écorces. Le village de Marenakoro est pauvre. J’y goûte, pour la première fois au Soudan, d’exquis hydromel (ledolo). On le fabrique de la façon suivante : dans un canari on verse du miel resté presque toujours mélangé à la cire. On y ajoute deux cinquièmes d’eau environ. On chauffe et on laisse fermenter pendant trois jours. La fermentation se fait à gros bouillons avec une écume abondante.

Maréna, d’après les indigènes, appartiendrait déjà au Ouassoulou. Le village est entouré d’un lougan assez vaste où le cotonnier est très abondant. On y trouve aussi, en grande quantité, le fafetone (Calotropis procera Ait.) qui me paraît avoir été introduit là, parce qu’on ne le rencontre que dans le lougan autour des villages. A 8 kilomètres de Maréna, on traverse un marigot étroit, à sec, mais bordé d’un large ruban de verdure. De ce point jusqu’à Morodiana, le sentier longe une clairière herbeuse, marécageuse, qui doit être fréquentée par les éléphants. Elle répand actuellement une odeur infecte due à l’assèchement survenu après les pluies d’il y a quinze jours.

Nous arrivons à l’emplacement de Morodiana dont il ne reste plus que quelques pans de cases. La brousse a déjà envahi cet emplacement où j’ai récolté une jolie Orchidée à bulbe (Lissochilus ?). Morodiana est entouré de puits creusés dans une sorte de gravier rougeâtre, finement caillouteux, ressemblant aux graviers des plateaux ferrugineux mais en différant par des éléments également rougeâtres, roulés plus fins et associés à de petits morceaux anguleux de quartz blanc laiteux. C’est dans ce terrain qu’on rencontre des paillettes d’or. Il existe aussi, parmi ce gravier, des morceaux de roche compacte, noire, analogue aux schistes, et de la grosseur du poing. Cette dépression représente donc une cuvette d’alluvions arrachés aux massifs environnants. Au delà du village, se trouvent de profondes tranchées, remplies d’eau et de vase où croissent des plantes aquatiques (Nymphæa caerulea Savign.-faux irafua). Ces tranchées qui communiquent avec la dépression herbeuse signalée plus haut, ont évidemment été creusées autrefois pour la recherche de l’or.

Le chef du village de Faralako m’apprend que l’on connaissait l’or dans tout le pays avoisinant avant le passage de Samory. Depuis on n’en recueille plus. Le pays est presque désert, les cultures sont abandonnées. C’est à peine si les quelques survivants peuvent faire venir le mil nécessaire à leur subsistance. Le lougan entourant le village est grand. On y trouve : le manioc, le cotonnier et quelques jeunes papayers.