Falama.
24 mars. — Ce village est complètement détruit mais il a eu autrefois une assez grande importance. Il était entouré d’une tata dont les pans subsistent. Il y a environ une dizaine de cases habitées. Autrefois il y en a eu deux cents. Rien ne peut donner une impression plus triste que la vie de tous ces villages aujourd’hui anéantis. Ils se succèdent sans arrêts depuis plusieurs jours, et l’emplacement de plusieurs est impossible à retrouver, la brousse ayant recouvert les derniers vestiges des cases.
A une demi-heure de là, on traverse la rivière Sankarani appelée par les indigènes Yorobaradan. Elle est presque aussi large et profonde que le Milo et encombrée de bancs de sable dans lesquels on a fraîchement creusé des excavations qui paraissent avoir été faites pour chercher de l’or. Le fleuve est poissonneux. Il est bordé de cultures de diefa-diaba et de l’arbre à fleurs jaunes des bords du Niger (Pterocarpus esculentus Schum. et Th.). Il faut une heure pour se rendre de Sankarani à Falama.
Je rencontre au bord du sentier les restes saignants d’une antilope, reliefs certains d’un repas de fauve, probablement d’une panthère, animal très commun dans le pays. Le village de Falama a été détruit par les sofas de Samory. Le chef actuel et son fils sont atteints d’une sorte de lèpre rongeante. Le corps et les membres sont couverts de plaies ou de cicatrices. Les mains sont réduites à des moignons. Les premières articulations des doigts ont disparu. Ils viennent me demander du cognac et de l’absinthe persuadés que l’alcool les guérira.
La récolte du mil a été anéantie par les sauterelles. Les épis sont secs et vides ; les chaumes desséchés sont restés dans les lougans. Comme un fléau ne marche jamais sans l’autre, les rats sont extrêmement abondants. Il y en a des légions qui viennent sous ma table dehors, pendant le dîner, pour ramasser les miettes de pain. Le fafetone existe dans les lougans. Il est appelé tintogola. Les habitants mettent du latex de tintogola dans les trous où ils sèment chaque graine d’arachide pour que la plante vienne mieux (?). J’ai vu dans le village un pied de ricin jeune et un pied de Solanum à épines et grosses baies jaunes. La liane goïn est assez commune autour du village ; le chef a des boules de caoutchouc dans sa case. Il se plaint des gens de Kankan et de Kouroussa qui viennent ramasser cette substance jusqu’aux alentours des lougans.