Ndoute (Mission du mont Roland).
La Mission du mont Roland a été créée par les Pères du Saint-Esprit à 15 kilomètres de Thiès, dans une région calcaire très intéressante habitée par une agglomération Sérère. A partir de Thiès, une belle route carrossable conduit jusqu’à 500 mètres de la Mission. La route traverse un ravin assez boisé (comme aux environs de Thiès) où domine le Zizyphus orthacantha. On trouve, en outre, des lianes herbacées. Je remarque notamment des Ipomaea épineux et une Dioscorée à petits tubercules aériens en forme de pomme de terre, mais de la dimension d’un pois. La liane made (Landolphia senegalensis Kotschy et Peyritsch) est assez commune sur la route. La liane Strophantus sarmentosus C.DC., à fruit obtus abonde. Ses fruits ne sont pas encore mûrs ; d’ailleurs les indigènes ne connaissent pas le poison fourni par les graines. Le Lobelia senegalensis A.DC., actuellement en fleurs et en fruits, est très commun partout. Le tamarinier et le baobab sont communs. J’ai vu des baobabs décortiqués en train de refaire leur écorce. Une partie des baobabs du ravin du mont Roland ont perdu leurs feuilles. J’aperçois des tamariniers de forte taille ; l’un d’eux a une écorce gris-cendré. Le Combretum micranthum Don. est commun partout, mais surtout vers le mont Roland, de même un Capparis grimpant épineux, fréquent surtout sur les termitières.
| Mission A. Chevalier, 1899-1900. | Sénégal-Soudan. |
Fig. 9. — Intérieur d’un village wolof (l’arbre du premier plan est un Ben ailé).
A 3 ou 4 kilomètres de Thiès, on rencontre une chapelle isolée, entourée de grands Agave americana L. plantés par les Pères et actuellement en fleurs. Le nôs, à inflorescence en ombelle composée, est actuellement en pleine floraison et dégage une odeur de miel agréable. Le mont Roland est situé à environ 18 ou 20 kilomètres de la mission de Thiès. Les hauteurs mamelonnées séparées par des vallons boisés présentent un aspect des plus sauvages. On aperçoit de l’une d’elles, dominant le pays par suite de la réfraction, le lac de la Tamna, avec la mer au loin. L’aspect du pays vu de ce mamelon est tout différent de ce que nous avons vu jusqu’alors aux environs de Thiès. Le sol y est d’un blanc crayeux : c’est du calcaire. On voit de tous côtés de hautes termitières blanches, nues, dominant le sol de la brousse, couvertes souvent de Capparidées ligneuses.
Près d’arriver à la Mission, la route coupe une tranchée curieuse. Le sommet du mamelon est formé de graviers et de morceaux plus ou moins énormes de latérite disloquée, formant des éboulis. Cette latérite, outre la gangue habituelle, contient des rognons blancs et des fragments calcaires. Ce sous-sol est recouvert d’une terre noire d’alluvions, épaisse de 50 centimètres par endroits et pénétrant par places plus avant entre les blocs de latérite sous forme de filonnets noirs. Au-dessous des graviers, on trouve le terrain calcaire perpendiculairement, formant les flancs du vallon vers la Tamna. Ce calcaire est plus ou moins décomposé, corrodé par les eaux. Je n’ai pas vu de blocs absolument en place, mais des bandes stratifiées à demi décomposées qui viennent affleurer çà et là. Des blocs plus résistants, gros comme trois ou quatre fois le poing, jalonnent le sol. Ces blocs sont souvent pénétrés de débris coquilliers parmi lesquels un petit Ostrea.
Le sol en se décomposant donne une sorte de marne blanchâtre qui affleure sur l’emplacement même de la Mission. Cette marne est parfois recouverte de terre noire humique ou de cailloutis de latérite. Elle est toujours ramenée à la surface du sol par les termites qui en construisent de hautes termitières arrondies, nues, d’une grande blancheur, toutes différentes de celles que j’ai vues jusqu’à présent en Afrique. Je n’ai pas remarqué de plante spéciale à ces terrains calcaires, sauf, peut-être, une petite Convolvulacée à fleur blanc-rosé. Quand on descend plus bas vers les villages de N’doute-T’vigne à 1.000 mètres de la Mission, le sol blanc, marneux, disparaît et est remplacé par une terre noire formant une couche très épaisse. Près du puits de la Mission, j’ai remarqué dans une excavation : 40 centimètres de terre noire végétale, humique ; 20 centimètres d’une couche de cailloutis dont la grosseur varie entre celle d’une noisette et celle d’une orange, mélangée de sables grossiers (les angles des cailloux sont assez peu arrondis quoiqu’ils aient été roulés) ; 6 mètres de profondeur d’une terre noire qui paraît s’étendre encore plus profondément.
| Mission A. Chevalier, 1899-1900. | Sénégal-Soudan. |
Fig. 10. — Abords du poste de Podor (Sénégal) avec Balanites ægyptiaca.
Ce terrain est très fertile, on y cultive le mil, actuellement récolté (il se vend 0 fr. 10 le kilog.) et vers le milieu de l’hivernage, on sème les niébés, qui à cette époque-ci sont en partie mûrs. Les feuilles jaunissent et une partie d’entre elles sont semées de plaques gris-roussâtre dues à un champignon. Ces niébés (Vigna Catjang Walp.) sont cultivés en grand à Thiès et Pout où ils forment d’immenses champs à perte de vue. Le rendement en est assez grand. Ceux que j’ai vus à Nd’oute appartiennent à la variété à long pédoncule que j’ai rencontrée aussi sur les bords du Niger.
Le mil est placé dans des greniers ou en monceaux disposés sur des pierres, les épis placés horizontalement et rayonnant vers le centre.
Le coton m’a paru beau, ne présentant pas de taches de rouille. Les soies n’en ont pas été examinées. J’ai remarqué quelques pieds d’indigotiers, de ricin, de courges, de calebassiers (Lagenaria). J’ai vu porter au marché de Thiès des calebasses d’arachides, mais elles n’étaient peut-être pas originaires du village où on en cultive peu.
La Mission a pris une concession dans les Nyayes, vers la Tamna. Ces terres pourront convenir au cotonnier, peut-être à certains caféiers des terrains bas.
Les habitants du pays, les Sérères, sont tous fétichistes, réfractaires à la religion musulmane, moins à la religion catholique. Ils sont bons cultivateurs, de mœurs paisibles.
| Mission A. Chevalier, 1899-1900. | Sénégal-Soudan. |
Fig. 11. — Sébi-Kotane. — Un coin des Niayes.
Leurs habitudes ne se sont pas modifiées à notre contact : quand on enterre un mort, on creuse une fosse et on établit un tumulus conique de 2 m. 50 à 3 mètres de diamètre, haut de 1 m. 50. Tout autour se trouve un petit fossé. Si c’est un chef, on le laisse habillé dans son lit, et c’est sa case tout entière qui est recouverte de terre. Ces Sérères sont des buveurs incorrigibles. L’argent qu’ils retirent de la vente de leurs arachides est employé uniquement à acheter du sangara (alcool de traite). Ils apprécient également le vin de palme qu’ils retirent en incisant le sommet de la tige de l’Elæis guineensis L. qui est ici presque à sa limite septentrionale.
(Cliché de M. Rambaud).
Fig. 12. — Un convoi de pasteurs dans le Baol (savanes et steppes d’Acacias.)
Il n’y a pas de cultures d’arbres fruitiers autour de la Mission ; les Pères s’approvisionnent de fruits et de légumes à leur établissement de Thiès. J’ai vu seulement quelques papayers, des piments, deux ou trois jeunes orangers, quelques bananiers autour du puits. Les végétaux les plus curieux remarqués à N’doute sont de nombreux baobabs et tamariniers (le tamarinier vient dans la brousse) ; quelques Ficus (Keul), le dob (planté à la Mission) ; un gros Ficus, à petites feuilles ovales luisantes, offrant plusieurs grandes racines, descendantes, formant des piliers et enterrées. Les kadas sont très abondants et en pleine floraison. J’ai vu aussi quelques neb-nebs ; le Strophantus au milieu de la brousse avec de jeunes feuilles, mais sans fleurs. La petite Acanthacée de la route des convois au Soudan abonde ici (comme à Thiès, Pout, Tivaouane) sous les baobabs et autres arbres offrant beaucoup d’ombre. Les nguisguis sont assez communs. Le palmier maritime du littoral (Phœnix senegalensis Van-Houtte) s’avance jusque là (quelques troncs sont hauts de 2 ou 3 mètres). Je remarque çà et là quelques rôniers, de hautes Graminées en fleurs, etc. Le Croton lobatus L. sauvage existe dans les lougans. De beaux Vernonia senegalensis Less., en floraison, se trouvent à proximité de quelques cases.
| Mission A. Chevalier, 1899-1900. | Sénégal-Soudan. |
Fig. 13. — Dagana.
Eclipse de lune. — Il y avait éclipse partielle entre 10 heures et demie et minuit. Malgré les quelques nuages qui couvraient le ciel çà et là, la lune a été entièrement visible pendant toute la durée du phénomène. Durant l’attente, je me suis endormi et j’ai été réveillé un peu après par des détonations de fusils. Les Sérères, voyant l’astre disparaître, tiraient au ciel pour l’arrêter. Pendant tout le temps qu’a duré l’éclipse, ils se sont livrés à des danses de tam-tams avec accompagnement de chants et cris. Le Père supérieur me raconte qu’il y a cinq ou six ans, alors qu’il était à Joal, il y eut une éclipse totale de soleil. On se trouva, pendant cinq minutes, dans une demi-obscurité ; les oiseaux (et spécialement les volailles) devinrent agités et cherchèrent un refuge ; quelques-uns se perchèrent. On sentit un froid assez vif pendant la durée du phénomène.
Rosée. — Depuis deux jours le ciel est couvert, le soleil ne s’est pas montré, ni hier ni avant-hier. Ce matin la rosée était intense. De la toiture de la maison de la Mission, elle tombait à grosses gouttes sur le sol qui était détrempé suivant la ligne de projection du bord du toit. La Mission est distante d’une douzaine de kilomètres de la mer, en ligne droite. Pendant la nuit, on entend le bruit des vagues qui déferlent sur la grève.