Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

Carabane.

Carabane est situé à 4 kilomètres de l’embouchure de la Casamance (rive gauche), dont l’entrée, obstruée par la barre, est difficile à passer sans pilote. On utilise la marée montante. La passe, large de 6 à 8 kilomètres, est, en outre, défendue par des rochers sous-marins. Les rives en sont boisées ; les palmiers à huile et les Phœnix nains viennent jusqu’à la limite atteinte par le flot.

De belles maisons européennes sont situées sur le rivage. A cet endroit, le fleuve a environ 3 kilomètres de large. Il faut une heure pour passer sur la rive droite en baleinière. Le poste du gouvernement, la douane et quatre ou cinq maisons de commerce, ont chacun leur warff construit sur pilotis de troncs de rôniers. Le service sanitaire, à l’arrivée des bateaux, est fait par la douane. Une trentaine d’Européens résident à Carabane ; ce sont surtout des agents de cinq ou six grandes maisons. En deçà du fleuve, vers l’intérieur, se trouvent les quartiers indigènes. La plupart des habitants sont des Diolas, mais, depuis quelque temps, la ville a été envahie par les Wolofs, commerçants pour leur propre compte, ou agents des comptoirs européens.

Les cases des Diolas sont circulaires, en paille, même les murs latéraux.

La mission catholique est assez importante. Beaucoup de Diolas sont catholiques, mais ils sont presque tous des ivrognes incorrigibles.

Comme les fétichistes, ils portent des grisgris, le plus souvent un scapulaire ; quelques-uns portent encore autour du cou les croix en cuivre qu’apportèrent les premiers missionnaires portugais, et ces objets se transmettent de génération en génération comme les fétiches. Du reste ils ont conservé la plupart des rites de leur ancien culte. En devenant catholiques, ils ont gardé tous leurs anciens usages : ils apportent du mil et du riz sur la tombe de leurs parents morts et se livrent dans le cimetière, aux clairs de lune, à d’abondantes libations de vin de palme en mémoire des ancêtres ou des amis qui leur furent chers.

Le 12 janvier, j’assistai sur la grande place devant l’église (monumentale pour le pays) à une joute de lutteurs Diolas. Cette fête se répète, paraît-il, en temps de ramadan tous les ans. C’est une cérémonie assez curieuse, bien qu’elle ait sans doute perdu une partie de ses caractères depuis l’arrivée des Européens. Nulle part on ne lui trouve d’analogue dans l’intérieur de la partie de l’Afrique que j’ai parcourue, et l’on peut se demander si l’usage de ces combats n’a pas été introduit par des colons venus à la côte à une époque immémoriale.