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Classiquesen Ligne

Séléki.

17 janvier 1900. — Séléki est un village de Diolas situé à 4 ou 6 kilomètres de Geromaïd. Il n’a pas encore fait sa soumission et ne paye pas l’impôt. Les employés de la douane y sont bien accueillis ; c’est en leur compagnie que j’ai pu visiter ce pays. Le chef de village s’appelle Hissamba-ni ou Hassamba-no. C’est le jeune chef, celui qui a le plus d’autorité au point de vue administratif. Il a manifesté, à plusieurs reprises, l’intention de venir à Carabane faire sa soumission. Il existe, en outre, un vieux chef-fétiche qui préside aux cérémonies religieuses et qu’aucun Européen n’a pu encore voir. Il s’enfuit dans la brousse quand nous arrivons.

Nous quittons Geromaïd à 7 heures. La traversée dure trois quarts d’heure ; dans le fleuve nous apercevons quantités de très belles méduses. Il paraît qu’elles vont jusqu’à Ziguinchor. Les berges du fleuve sont bordées de palétuviers et d’Avicennia. L’huître des palétuviers abonde sur leurs racines, et elle a la réputation d’être, dans ces parages, particulièrement savoureuse.

Nous débarquons à hauteur de Séléki, sur une large plage de vase assez ferme, plage située en dehors de la bordure de palétuviers. Ce sol est nu et couvert d’efflorescences de sel ; ailleurs il est revêtu de plantes herbacées maritimes. Les oiseaux aquatiques sont très abondants : aigrettes, grandes sarcelles et bécassines. Mes compagnons en abattent une provision. A 100 mètres du marigot, nous entrons dans les rizières qui précèdent le village. Ces rizières sont bien soignées, très entretenues. Le riz planté à l’hivernage a déjà été récolté ; on en observe seulement çà et là quelques repousses. Il y a ici trois variétés de riz. Le riz se cultive par petites rizières n’ayant pas plus de quelques ares d’étendue chacune, souvent n’ayant pas même un are. Elles sont séparées par des levées de terre herbues, sur lesquelles on circule pour aller au village. Il n’y a pas trace de végétation arborescente dans toute cette étendue. Le riz est cultivé en planches ayant de 50 centimètres à 1 m. 50 de largeur, longues seulement de 3 mètres et s’étendant sur toute la longueur du petit champ ; ces planches sont séparées par de petits sillons profonds de 20 à 30 centimètres, larges de 20 à 50 centimètres, dans lesquels circule l’eau. Le sol est noir ; le sous-sol argileux. Actuellement, la plupart de ces rizières sont dépourvues d’eau ; il s’est déposé au fond des sillons une matière jaune rouille (Diatomées).

En ce moment, on travaille aux rizières déjà recouvertes d’eau et on refait les planches, probablement pour les semis qui auront lieu à l’arrivée des pluies. Dans ces sillons, on trouve de temps en temps de grands crabes que les gens ramassent pour leur nourriture.

Les rizières non encore asséchées sont d’ailleurs très poissonneuses. Dans toutes ces rizières courent aussi en demi-liberté des cochons noirs ou maculés de blanc, et des canards ; sur les levées vivent des cabris. Les fossés inondés sont envahis par des plantes aquatiques, surtout des Cypéracées jonciformes : une Graminée en touffes denses à épis grêles ; deux Nymphæa, dont l’espèce à grandes fleurs blanches odorantes et à feuilles ondulées sur les bords (N. Lotus L.) et l’espèce à petites fleurs bleuâtres (N. cœrulea Savign.) ; une Alismacée à fleurs blanches ; une Gentianée à fleurs blanches, à pétales ciliés hérissés de poils blancs et une plante à petites fleurs bleues à feuilles nageantes (Pontederia natans P. Beauv). Dans les terres découvertes croît en abondance l’Acanthacée à fleurs violettes déjà notée. Elle est couverte en ce moment d’abeilles qui viennent en butiner le nectar. Il y a aussi sur ces levées de nombreux Marsilea, puis une à fleurs d’un beau bleu ; en face, une Malvacée à fleurs roses. Dans les lieux inondés croît l’Utriculaire à rosette nageante (U. stellaris L.), assez commune ; je note aussi des algues bleues, des Lemna, quelques dépôts de Diatomées.

Le village de Séléki. — Les cases sont assez belles, ordinairement carrées ou rectangulaires. Le chef est absent ; nous sommes reçus par ses femmes et quelques notables. Après un accueil empressé, on nous apporte de l’eau et du vin de palme. Autour des cases est cultivé le grand Pignon d’Inde en quantité. Les seuls arbres fruitiers sont les citronniers et les pommiers d’acajou. Aux alentours du village existent de beaux arbres : des baobabs, des fromagers, des bousink-élits, des palmiers (palmiers à huile et rôniers très élevés), des kadas (Acacia albida Delile). Les cultures du village, en dehors du riz, sont le cotonnier, le néré, l’indigotier, le manioc qui est très commun. Auprès de la case du chef existe un arbre, le boulocogne dont les feuilles serviraient à teindre en bleu comme l’indigotier.

Les abeilles sont élevées en grande quantité dans les arbres entourant le village. Les ruches sont tantôt ogivales, tressées en lanières de feuilles de palmiers, tantôt ce sont des tronçons d’arbres évidés, fermés aux deux extrémités par un cercle en tresse de palmier. On recueille le vin de palme en abondance. Il a en ce moment un goût de sève prononcé, désagréable, notamment quand il est frais. C’est surtout l’Elæis mâle qui fournit ce vin. Les rôniers ne sont pas exploités pour cet usage. Les baobabs du village ont été en partie décortiqués pour faire des cordes. Je n’ai pas encore vu de peuplade qui n’utilise ces fibres. J’ai rencontré dans un jardin cultivé quelques tiges de gros mil très chétif, en épis mal fournis, ressemblant à celui qui vient à l’état demi-sauvage, au Soudan ; mais il semble ici que ce sont seulement des repousses développées après la moisson.

Un bosquet de Kinkéliba (Combretum micranthum G. Don) existe autour du village. Au haut des fromagers, les grandes aigrettes viennent nicher en nombre à l’hivernage. En ce moment, des merles bleus et des merles métalliques couvrent les arbres.

Objets de l’industrie indigène. — Les seuls objets rencontrés consistent en vases en terre, en chapeaux faits de feuilles de rônier en forme de grand parasol pour préserver de la pluie l’hivernage, en corbeilles de différentes formes faits de lames d’Elæis ; certaines de ces corbeilles entourent les petites calebasses qui servent à recueillir le vin de palme.

Ornements des indigènes. — Ce sont des colliers de perles, des cartouches suspendues au cou, des plumes d’aigrettes et d’autres oiseaux placées debout dans la chevelure. La plupart des hommes sont en général de beaux types, forts ; les femmes elles-mêmes sont très musclées. Pas de tatouages ni de cicatrices sur le corps. Souvent il existe une petite tresse de cheveux, relevée en houppe droite au sommet de la tête, chez les hommes. Les Diolas de Sélési enterrent leurs morts au pied des grands arbres-fétiches : baobabs, etc. Il existe plusieurs Soukalas ou groupes de cases séparés par de la brousse arborescente. La récolte du vin de palme et la préparation du terrain pour la culture du riz sont les seules occupations des indigènes à cette époque de l’année. Les terrains conviennent naturellement au riz, et l’aptitude des indigènes pour cette culture est très remarquable.