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Classiquesen Ligne

Floup-Fedyan.

18 janvier 1900. — Le village, est composé de plusieurs Soukalas. Il y a trois chefs de village. L’un d’eux a le commandement sur les autres. C’est lui qui nous reçoit dans sa case. Il se nomme Solébé. C’est un jeune homme de 25 à 30 ans, à physionomie intelligente. Il nous fait le meilleur accueil et nous apporte en cadeaux des poulets, des fruits, du vin de palme. Il assiste à notre déjeuner assis sur un petit siège à quatre pieds, qu’il porte suspendu sur ses épaules quand il se déplace. Il est entouré de quelques favoris dont un vieux buveur abruti, baga, qui fait honneur à notre sangara (alcool). Les Floups sont des Diolas parlant la langue diola. Il existerait un grand chef religieux invisible pour les Européens, espèce de chef fétiche sans autorité mais relevant du roi des Bakins, sorte de roi fétiche qu’aucun blanc n’a jamais pu approcher. Solébé est en somme l’homme qui a le plus d’autorité dans le village. Tous les autres individus sont égaux. Il n’existe pas de captifs.

Les Floups sont de taille moyenne ou petits. La tête et le corps sont efféminés ; les seins très proéminents sont parfois presque aussi volumineux que ceux des femmes. Ils ne portent ni tatouages, ni cicatrices, ni marques dans la chevelure. Les membres inférieurs sont très fluets, la tête un peu étroite, le front large, fuyant ; les lèvres assez fines. Comme ornements, les hommes et les femmes portent des colliers d’argent et de cuivre au cou et aux bras, des coquillages (corils), parfois tressés dans la chevelure ou coupés en anneaux et enfilés autour du cou. Quelques hommes ont une abondante chevelure crépue ; la plupart sont rasés court. Les hommes et les femmes ont un costume primitif se réduisant le plus souvent à une bande de guinée liée autour du corps. Le chef est vêtu d’un pagne court et d’une chéchia rouge qui à force d’avoir été portée a pris une teinte noire, luisante.

Les Floups sont de grands buveurs. Ils s’adonnent toute l’année à la récolte du vin de palme sur les Elæis mâles. Ils ne le recueillent pas sur les rôniers pourtant très communs. La récolte se fait dans de petits cornets assez élégants en lanières vertes de feuilles de rônier. Ils vivent également de la pêche. Ils chassent le poisson à l’arc avec des flèches pointues et sont d’une grande adresse à cet exercice. Ils n’ont ni forgerons ni tisserands, de sorte qu’ils achètent aux traitants les barres de fer et les guinées. Depuis quelque temps, ils se livrent à la récolte du caoutchouc fourni par le Landolphia Heudelotii, A.D.C. très abondant autour du village ; mais ce sont surtout les Manjaques (ou mandiagos) qui viennent saigner les lianes dans le village. L’élevage du porc est une des grandes ressources des habitants. A notre arrivée, les différentes pièces du palais du chef sont occupées par des troupeaux de ces animaux fort gras qui se vautrent parmi les calebasses et les corbeilles en feuilles de palmier.

Il y a aussi dans le village de nombreux troupeaux de canards et quelques troupeaux d’une petite race de bœufs. Il existe de belles rizières recouvertes en partie d’eau.

Les cases sont ordinairement carrées, élevées, spacieuses, couvertes en paille avec des murs formés d’un treillis de branches fendues en deux et enduites de terre. De nombreuses petites ouvertures sont pratiquées dans les murs. La porte est précédée, en dehors, de grands piquets qui empêchent les cochons de sortir. On cultive dans le village quelques cotonniers et quelques indigotiers, beaucoup de manioc, des niébés, un peu de mil, mais surtout du riz. Les arbres fruitiers observés sont les bananiers, très abondants et vigoureux (c’est l’espèce à long fruit arqué, polyédrique), les citronniers (sans fruits actuellement), quelques pommiers acajou, quelques grands Pignons d’Inde.

Certains hommes du village sont armés de lances, d’autres ont une grande lame en fer à long manche servant à travailler les lougans de riz. Le chef Solébé nous montre son fils atteint d’éléphantiasis et m’invite à venir le revoir et à apporter des médicaments pour le guérir.