SCÈNE V.
JOHN BELL, KITTY BELL.
Tom, je reviens pour vous rendre un service : me le permettez-vous ?
et ne cessant de regarder Kitty Bell pendant toute la scène.
Je suis résigné, George, à tout ce que l’on voudra, à presque tout.
Vous avez donc une mauvaise affaire avec ce fripon de Skirner ? Il veut vous faire arrêter demain.
Je ne le savais pas, mais il a raison.
Milord est trop bon pour lui ; voyez son air de hauteur…
A-t-il raison ?
Il a raison selon la loi. C’était hier que je devais le payer, ce devait être avec le prix d’un manuscrit inachevé, j’avais signé cette promesse ; si j’ai eu du chagrin, si l’inspiration ne s’est pas présentée à l’heure dite, cela ne le regarde pas.
Oui, je ne devais pas compter à ce point sur mes forces et dater l’arrivée d’une Muse et son départ comme on calcule la course d’un cheval. — J’ai manqué de respect à mon âme immortelle, je l’ai louée à l’heure et vendue. — C’est moi qui ai eu tort, je mérite ce qu’il en arrivera.
Je gagerais qu’il leur semble fou ! c’est trop beau pour eux.
Ah çà ! c’est de peur d’être de mon avis que vous le défendez.
C’est bien vrai, c’est pour contredire.
Non… Je pense à présent que tout le monde a raison, excepté les Poètes. La Poésie est une maladie du cerveau. Je ne parle plus de moi, je suis guéri.
Je n’aime pas qu’il dise cela.
Je n’écrirai plus un vers de ma vie, je vous le jure ; quelque chose qui arrive, je n’en écrirai plus un seul.
Hum ! il retombe.
Est-il vrai que vous comptiez sur M. Beckford, sur mon vieux cousin ? Je suis surpris que vous n’ayez pas compté sur moi plutôt.
Le lord-maire est à mes yeux le gouvernement, et le gouvernement est l’Angleterre, milord : c’est sur l’Angleterre que je compte.
Malgré cela, je lui dirai ce que vous voudrez.
Il ne le mérite guère.
Bien ! voilà une rivalité de protections. Le vieux lord voudra mieux protéger que le jeune. Nous y gagnerons peut-être.
Il me semble que j’entends une voiture.