La Correspondance de Gustave Flaubert rassemble plus de quatre mille lettres adressées à près de trois cents destinataires tout au long de sa vie d'écrivain, parmi lesquels George Sand, devenue dans ses dernières années la grande confidente littéraire de Flaubert, Louise Colet, sa maîtresse pendant près d'une décennie à qui il expose dans le détail ses théories esthétiques et les affres de la composition de Madame Bovary, ainsi que l'écrivain russe Ivan Tourgueniev, Maxime Du Camp, les frères Goncourt et son propre disciple Guy de Maupassant. Ces lettres, souvent bien plus longues et plus travaillées que la correspondance ordinaire de son époque, constituent aujourd'hui l'une des sources les plus précieuses pour comprendre de l'intérieur la méthode de travail exigeante de Flaubert, sa quête obsessionnelle du mot juste et de la phrase parfaite, ainsi que ses conceptions théoriques sur le réalisme, l'impersonnalité de l'artiste et le style comme valeur absolue de la littérature. La correspondance avec George Sand, publiée séparément à plusieurs reprises, est particulièrement précieuse pour l'historien littéraire : elle met en scène un dialogue suivi et affectueux entre deux tempéraments esthétiques opposés, l'exigence formelle et le pessimisme de Flaubert contrastant avec l'engagement social et l'optimisme plus généreux de Sand. Publiées progressivement après sa mort en 1880, ces lettres sont aujourd'hui considérées comme une œuvre à part entière du corpus flaubertien, éclairant la genèse de chacun de ses romans avec une précision qu'aucune biographie extérieure ne pourrait égaler. Cette exigence stylistique, exposée en détail dans ses lettres à Louise Colet où il évoque son idéal d'un « livre sur rien », tenu seulement par la force interne de son style, sans sujet extérieur, annonce directement certaines des ambitions les plus radicales de la littérature moderne du XXe siècle. Ces lettres restent aujourd'hui une lecture précieuse pour quiconque s'intéresse au processus créatif lui-même, Flaubert y détaillant sans complaisance les affres, les doutes et les rares joies de sa méthode de composition, phrase par phrase, mot par mot, avec une exigence devenue proverbiale dans toute l'histoire littéraire française.