Servante dévouée de Mme Aubain pendant un demi-siècle, Félicité reporte sur les autres tout l'amour qu'elle n'a jamais reçu : sur les enfants de sa maîtresse, sur un neveu marin disparu en mer, puis, une fois seule dans la maison qui tombe en ruine, sur un perroquet empaillé nommé Loulou. Mourant en pleine procession de la Fête-Dieu, elle voit dans un ultime instant de fièvre le Saint-Esprit prendre la forme de son perroquet. Flaubert publie ce récit en 1877 dans les Trois Contes — le plus sobre et le plus dépouillé des trois, portrait d'une sainteté ordinaire et sans grandeur. Flaubert emprunte pour écrire ce récit un perroquet empaillé au muséum d'histoire naturelle de Rouen et le garde un temps sur son bureau à Croisset, s'imprégnant littéralement, comme sa propre héroïne, de la présence de l'oiseau ; cet exemplaire, aujourd'hui conservé au musée Flaubert de Rouen, dispute encore la légitimité de son authenticité à un second perroquet retrouvé à Croisset même, ambiguïté qui inspirera bien plus tard le roman Le Perroquet de Flaubert de l'écrivain britannique Julian Barnes en 1984. Ce récit, le plus dépouillé stylistiquement des Trois Contes publiés ensemble en 1877 aux côtés de La Légende de saint Julien l'Hospitalier et d'Hérodias, marque un net contraste avec l'ironie mordante habituelle de Flaubert envers ses personnages, Félicité étant au contraire traitée avec une tendresse et une gravité rares dans toute son œuvre. Flaubert conçoit ce récit à la demande de George Sand, qui lui reprochait la sécheresse et le pessimisme systématique de ses personnages, et qui meurt d'ailleurs peu avant sa publication sans avoir pu le lire ; Flaubert lui-même présentait ce texte comme une manière de lui répondre par la preuve qu'il pouvait aussi peindre la bonté simple et désintéressée plutôt que la seule bêtise humaine qu'on lui reprochait de complaisamment cultiver.