Les Illuminations (1886), recueil de poèmes en prose et de vers libres composés par Rimbaud entre dix-sept et vingt et un ans avant son renoncement définitif à la littérature, ne sont publiées qu'en son absence par Paul Verlaine, qui préface le recueil sans même savoir avec certitude où se trouve alors son ancien amant, déjà reparti pour ses pérégrinations d'aventurier loin de toute vie littéraire. Ce recueil rassemble des visions poétiques d'une modernité formelle absolument inédite pour son époque, où Rimbaud invente une écriture hallucinatoire et fulgurante, faite d'images juxtaposées sans lien logique explicite, de villes fantasmées et de paysages visionnaires qui bouleversent radicalement la syntaxe et la logique poétique traditionnelles, ouvrant la voie directe au vers libre et à la poésie en prose que développeront ensuite le symbolisme puis le surréalisme du XXe siècle. Rimbaud y développe sa conception du poète comme « voyant », capable par un dérèglement systématique et raisonné de tous les sens d'accéder à des visions inaccessibles à la perception ordinaire, transformant la poésie en instrument de connaissance visionnaire plutôt qu'en simple expression sentimentale ou description du réel. Considérées comme l'aboutissement le plus radical de la révolution poétique rimbaldienne, Les Illuminations ont exercé une influence considérable sur toute la poésie moderne ultérieure, des symbolistes aux surréalistes, qui reconnaîtront tous en Rimbaud l'un de leurs pères fondateurs les plus vénérés. D'abord partiellement publiées dans la revue La Vogue entre le 13 mai et le 21 juin 1886 sous la direction de Félix Fénéon, qui en assemble les textes, trente-cinq des quarante-deux pièces du recueil paraissent ainsi avant que Verlaine, à qui Rimbaud avait confié les manuscrits lors de leur dernière rencontre à Stuttgart en 1875, n'en assure la publication complète en volume en octobre de la même année, choisissant lui-même le titre définitif. Ce texte visionnaire continue d'être étudié comme un sommet indépassable de la modernité poétique.