Scène II.
Viens, ami… je t’entends… je sais tout par tes larmes.
Votre malheureux fils…
Arrête, parle-moi
De l’espoir de l’empire, et du fils de mon roi ;
Est-il en sûreté ?
Les tombeaux de ses pères
Cachent à nos tyrans sa vie et ses misères.
Il vous devra des jours pour souffrir commencés ;
Présent fatal, peut-être !
Il vit : c’en est assez.
Ô vous, à qui je rends ces services fidèles !
Ô mes rois ! Pardonnez mes larmes paternelles.
Osez-vous en ces lieux gémir en liberté ?
Où porter ma douleur et ma calamité ?
Et comment désormais soutenir les approches,
Le désespoir, les cris, les éternels reproches,
Les imprécations d’une mère en fureur ?
Encor, si nous pouvions prolonger son erreur !
On a ravi son fils dans sa fatale absence :
À nos cruels vainqueurs on conduit son enfance ;
Et soudain j’ai volé pour donner mes secours
Au royal orphelin dont on poursuit les jours.
Ah ! Du moins, cher Étan, si tu pouvais lui dire
Que nous avons livré l’héritier de l’empire,
Que j’ai caché mon fils, qu’il est en sûreté !
Imposons quelque temps à sa crédulité.
Hélas ! La vérité si souvent est cruelle !
On l’aime ; et les humains sont malheureux par elle[10].
Allons… ciel ! Elle-même approche de ces lieux :
La douleur et la mort sont peintes dans ses yeux.