La Vénus d'Ille (1837) raconte comment, dans un petit village des Pyrénées catalanes, la découverte fortuite d'une statue antique en bronze représentant Vénus, d'une beauté aussi fascinante que troublante et dotée d'une expression étrange mêlant ironie et cruauté, coïncide avec les préparatifs du mariage du jeune Alphonse de Peyrehorade, fils du propriétaire du domaine où la statue a été déterrée, qui par bravade insouciante glisse par distraction sa bague de fiançailles au doigt de la statue de bronze pendant une partie de paume, avant de découvrir avec effroi qu'il ne parvient plus à la lui retirer. Cette négligence apparemment anodine déclenche une série d'événements de plus en plus inquiétants et inexplicables qui culminent, la nuit même de ses noces, par la mort mystérieuse d'Alphonse retrouvé dans son lit nuptial portant les marques d'une étreinte d'une force surhumaine, laissant planer une ambiguïté fantastique jamais totalement résolue sur l'intervention possible de la statue elle-même, vengeresse jalouse d'avoir été symboliquement fiancée puis délaissée par le jeune homme trop léger. Mérimée y déploie avec une maîtrise remarquable les codes du fantastique le plus subtil, où le surnaturel n'est jamais explicitement confirmé ni définitivement réfuté, laissant le lecteur dans une incertitude savamment entretenue entre explication rationnelle et intervention réellement surnaturelle de la statue antique. Considérée comme l'une des nouvelles fantastiques les plus accomplies de la littérature française du XIXe siècle, La Vénus d'Ille demeure un modèle du genre par sa tension dramatique et son ambiguïté savamment maîtrisée jusqu'au dénouement. Cette nouvelle influence directement des générations d'écrivains fantastiques ultérieurs par son procédé narratif consistant à ne jamais trancher définitivement entre explication rationnelle et surnaturelle, ambiguïté que Mérimée maîtrise avec un art consommé du sous-entendu. Cette nouvelle demeure aujourd'hui un texte de référence régulièrement étudié dans les écoles françaises pour l'exemplarité de sa construction fantastique. Prosper Mérimée y confirme son statut de maître incontesté de la nouvelle fantastique française du XIXe siècle.