Tamango (1829), nouvelle de Prosper Mérimée qui aborde frontalement la question de la traite négrière transatlantique encore pratiquée illégalement à l'époque de sa rédaction, raconte l'histoire de Tamango, chef de guerre africain qui vend lui-même ses propres prisonniers de guerre comme esclaves à un négrier français, le capitaine Ledoux, avant de se retrouver lui-même trahi et vendu à son tour comme esclave par ce même capitaine, retournement de situation qui le pousse, une fois à bord du navire négrier transportant sa propre cargaison humaine vers l'esclavage américain, à fomenter une révolte sanglante des esclaves contre l'équipage français. Mérimée y développe un tableau d'une noirceur et d'une lucidité morale remarquables sur l'horreur du commerce triangulaire, refusant tout manichéisme simpliste en dépeignant Tamango lui-même comme complice actif et cupide de la traite avant d'en devenir la victime, tout en dénonçant sans ambiguïté la cruauté et le cynisme du capitaine négrier français, la révolte des esclaves menée par Tamango dégénérant finalement en un chaos sanglant qui laisse le navire dériver sans équipage compétent, la quasi-totalité des révoltés périssant de faim et de soif faute de savoir naviguer, à l'exception de Tamango lui-même recueilli par un navire anglais qui finit sa vie misérablement comme musicien de fanfare militaire en Europe. Cette nouvelle, qui dénonce avec une lucidité rare pour son époque l'horreur de l'esclavage sans pour autant sombrer dans un angélisme simpliste sur ses victimes ni sur ses complices africains eux-mêmes impliqués dans la traite, offre un témoignage littéraire précoce et nuancé sur cette tragédie historique. Par sa dénonciation lucide et sans complaisance de l'esclavage transatlantique, Tamango reste l'une des nouvelles les plus engagées politiquement de Prosper Mérimée. Cette nouvelle, rédigée alors que la France maintient encore officieusement certaines pratiques de traite malgré son abolition légale récente, connaît une postérité éditoriale continue et sera adaptée au cinéma au XXe siècle, la lucidité de son regard sur la complicité africaine dans la traite ayant longtemps suscité des lectures critiques contrastées.