Scène IV
MONSIEUR ORGON, MARIO.
Monsieur Orgon.
Ne l’amusez pas, Mario ; venez, vous saurez de quoi il s’agit.
Mario.
Qu’y a-t-il de nouveau, monsieur ?
Monsieur Orgon.
Je commence par vous recommander d’être
discret sur ce que je vais vous dire, au moins.
Mario.
Je suivrai vos ordres.
Monsieur Orgon.
Nous verrons Dorante aujourd’hui ; mais nous
ne le verrons que déguisé.
Mario.
Déguisé ! Viendra-t-il en partie de masque ? lui
donnerez-vous le bal ?
Monsieur Orgon.
Écoutez l’article de la lettre du père. Hum…
« Je ne sais au reste ce que vous penserez d’une
imagination qui est venue à mon fils : elle est
bizarre, il en convient lui-même ; mais le motif
en est pardonnable et même délicat ; c’est qu’il m’a
prié de lui permettre de n’arriver d’abord chez vous que sous la figure de son valet, qui, de son
côté, fera le personnage de son maître. »
Mario.
Ah ! ah ! cela sera plaisant.
Monsieur Orgon.
Écoutez le reste… « Mon fils sait combien l’engagement
qu’il va prendre est sérieux ; il espère,
dit-il, sous ce déguisement de peu de durée, saisir
quelques traits du caractère de notre future et
la mieux connaître, pour se régler ensuite sur ce
qu’il doit faire, suivant la liberté que nous sommes
convenus de leur laisser. Pour moi, qui m’en
fie bien à ce que vous m’avez dit de votre aimable
fille, j’ai consenti à tout, en prenant la précaution
de vous avertir, quoiqu’il m’ait demandé le secret
de votre côté. Vous en userez là-dessus avec la
future comme vous le jugerez à propos… » Voilà
ce que le père m’écrit. Ce n’est pas le tout, voici
ce qui arrive ; c’est que votre sœur, inquiète de
son côté sur le chapitre de Dorante, dont elle
ignore le secret, m’a demandé de jouer ici la
même comédie, et cela précisément pour observer
Dorante, comme Dorante veut l’observer. Qu’en
dites-vous ? Savez-vous rien de plus particulier
que cela ? Actuellement, la maîtresse et la suivante
se travestissent. Que me conseillez-vous, Mario ?
Avertirai-je votre sœur, ou non ?
Mario.
Ma foi, monsieur, puisque les choses prennent
ce train-là, je ne voudrais pas les déranger, et je
respecterais l’idée qui leur est venue à l’un et à
l’autre ; il faudra bien qu’ils se parlent souvent
tous deux sous ce déguisement. Voyons si leur
cœur ne les avertirait pas de ce qu’ils valent. Peut-être que Dorante prendra du goût pour ma sœur,
toute soubrette qu’elle sera, et cela serait charmant pour elle.
Monsieur Orgon.
Nous verrons un peu comment elle se tirera d’intrigue.
Mario.
C’est une aventure qui ne saurait manquer de nous divertir, je veux me trouver au début et les agacer tous deux.
Scène IV
MONSIEUR ORGON, MARIO.
Monsieur Orgon.
Ne l’amusez pas, Mario ; venez, vous saurez de quoi il s’agit.
Mario.
Qu’y a-t-il de nouveau, monsieur ?
Monsieur Orgon.
Je commence par vous recommander d’être
discret sur ce que je vais vous dire, au moins.
Mario.
Je suivrai vos ordres.
Monsieur Orgon.
Nous verrons Dorante aujourd’hui ; mais nous
ne le verrons que déguisé.
Mario.
Déguisé ! Viendra-t-il en partie de masque ? lui
donnerez-vous le bal ?
Monsieur Orgon.
Écoutez l’article de la lettre du père. Hum…
« Je ne sais au reste ce que vous penserez d’une
imagination qui est venue à mon fils : elle est
bizarre, il en convient lui-même ; mais le motif
en est pardonnable et même délicat ; c’est qu’il m’a
prié de lui permettre de n’arriver d’abord chez vous que sous la figure de son valet, qui, de son
côté, fera le personnage de son maître. »
Mario.
Ah ! ah ! cela sera plaisant.
Monsieur Orgon.
Écoutez le reste… « Mon fils sait combien l’engagement
qu’il va prendre est sérieux ; il espère,
dit-il, sous ce déguisement de peu de durée, saisir
quelques traits du caractère de notre future et
la mieux connaître, pour se régler ensuite sur ce
qu’il doit faire, suivant la liberté que nous sommes
convenus de leur laisser. Pour moi, qui m’en
fie bien à ce que vous m’avez dit de votre aimable
fille, j’ai consenti à tout, en prenant la précaution
de vous avertir, quoiqu’il m’ait demandé le secret
de votre côté. Vous en userez là-dessus avec la
future comme vous le jugerez à propos… » Voilà
ce que le père m’écrit. Ce n’est pas le tout, voici
ce qui arrive ; c’est que votre sœur, inquiète de
son côté sur le chapitre de Dorante, dont elle
ignore le secret, m’a demandé de jouer ici la
même comédie, et cela précisément pour observer
Dorante, comme Dorante veut l’observer. Qu’en
dites-vous ? Savez-vous rien de plus particulier
que cela ? Actuellement, la maîtresse et la suivante
se travestissent. Que me conseillez-vous, Mario ?
Avertirai-je votre sœur, ou non ?
Mario.
Ma foi, monsieur, puisque les choses prennent
ce train-là, je ne voudrais pas les déranger, et je
respecterais l’idée qui leur est venue à l’un et à
l’autre ; il faudra bien qu’ils se parlent souvent
tous deux sous ce déguisement. Voyons si leur
cœur ne les avertirait pas de ce qu’ils valent. Peut-être que Dorante prendra du goût pour ma sœur,
toute soubrette qu’elle sera, et cela serait charmant pour elle.
Monsieur Orgon.
Nous verrons un peu comment elle se tirera d’intrigue.
Mario.
C’est une aventure qui ne saurait manquer de nous divertir, je veux me trouver au début et les agacer tous deux.