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Honoré de Balzac
Melmoth réconcilié
MDCCCXXXV
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Source : Wikisource
XIXe siècle · 1835

Melmoth réconcilié

1835Nouvelle Français Nouvelles

Melmoth réconcilié (1835), nouvelle fantastique de Balzac qui reprend et détourne avec ironie le personnage de Melmoth l'homme errant, célèbre héros damné du roman gothique britannique de Charles Maturin paru quelques années plus tôt, raconte comment Castanier, caissier parisien malhonnête ayant détourné une somme considérable et sur le point d'être découvert, rencontre le mystérieux Melmoth qui lui propose un pacte diabolique lui conférant des pouvoirs surnaturels illimités en échange de son âme, pacte que Castanier accepte avec empressement avant de découvrir rapidement que la toute-puissance ainsi acquise s'accompagne d'un ennui métaphysique insupportable et d'une damnation qu'il cherche aussitôt à revendre à son tour à quelqu'un d'autre. Balzac y développe, avec un ton résolument ironique et satirique qui contraste nettement avec le sérieux gothique et tragique du roman original de Maturin, une critique mordante de la société financière parisienne de son époque, Castanier finissant par revendre son pacte diabolique à un agent de change véreux de la Bourse parisienne, lequel s'empresse à son tour de le revendre au sein même du monde de la spéculation boursière où l'auteur suggère avec un humour noir que la damnation elle-même finit par se négocier et se transmettre comme une simple valeur financière parmi tant d'autres. Cette nouvelle fantastique, qui détourne avec un humour caustique remarquable les codes du roman gothique anglais alors très en vogue pour les mettre au service d'une satire sociale toute balzacienne de la cupidité financière parisienne, témoigne de la virtuosité de Balzac à s'approprier des matériaux littéraires étrangers pour les retourner à des fins entièrement originales. Par son détournement ironique du mythe gothique de Melmoth au service d'une satire financière, cette nouvelle reste l'une des incursions les plus originales de Balzac dans le registre fantastique. Cette nouvelle fantastique, qui rend un hommage explicite et détourné au roman gothique de Charles Robert Maturin publié une quinzaine d'années plus tôt et déjà traduit en français, illustre la porosité fertile entre littératures anglaise et française au XIXe siècle, Balzac s'appropriant librement un matériau étranger pour le mettre au service d'une satire toute personnelle du monde financier parisien.