Modeste Mignon (1844), roman de La Comédie humaine dont l'héroïne éponyme donne à Balzac l'occasion de dresser un portrait de jeune fille romanesque particulièrement approfondi, raconte comment Modeste Mignon, fille cultivée et rêveuse d'un riche négociant du Havre, tombe éperdument amoureuse par correspondance épistolaire d'un poète parisien célèbre, Melchior de Canalis, sans jamais l'avoir rencontré en personne, avant de découvrir progressivement que les lettres passionnées qu'elle reçoit et qu'elle croit écrites par le poète lui-même sont en réalité rédigées par son secrétaire dévoué, le discret et sincère Ernest de La Brière, véritable auteur de cette correspondance amoureuse menée sous un nom d'emprunt illustre. Balzac y développe avec finesse une réflexion sur l'illusion romantique et la vanité littéraire à travers ce triangle amoureux fondé sur un malentendu épistolaire prolongé, Modeste devant apprendre à distinguer, une fois la vérité sur cette imposture involontaire révélée, la séduction superficielle et intéressée du poète célèbre mais vaniteux et sans grande fortune personnelle de la sincérité authentique et modeste de celui qui a réellement écrit et ressenti les sentiments exprimés dans ces lettres, jusqu'à un dénouement qui couronne finalement l'amour vrai plutôt que l'illusion de la gloire littéraire. Ce roman, qui offre par ailleurs un tableau vivant et nuancé du milieu littéraire parisien de la monarchie de Juillet avec ses ambitions, ses rivalités et ses compromissions, illustre une fois de plus la capacité de Balzac à combiner intrigue sentimentale raffinée et satire sociale acérée des mœurs littéraires de son temps. Par sa réflexion fine sur l'illusion romantique et la distinction entre séduction et sincérité, Modeste Mignon demeure l'un des romans les plus subtils de La Comédie humaine sur la psychologie amoureuse féminine. Ce roman, dont Balzac dédie la première édition à une admiratrice polonaise, Ewelina Hańska, qui deviendra bien plus tard son épouse après une longue correspondance amoureuse elle-même largement épistolaire, entretient un rapport troublant de mise en abyme avec la propre vie sentimentale de son auteur, féru d'amours nouées par lettres avant toute rencontre physique.