Le Spleen de Paris (paru en recueil posthume en 1869 sous le titre Petits Poèmes en prose) rassemble cinquante courts textes dans lesquels Baudelaire invente un genre appelé à un immense avenir : le poème en prose, forme libérée de la contrainte du vers mais tout aussi travaillée et musicale, capable selon les mots mêmes de l'auteur de « rendre le mouvement lyrique de l'âme, les ondulations de la rêverie, les soubresauts de la conscience ». Baudelaire y explore, dans la continuité thématique des Fleurs du mal, l'ennui métaphysique et l'aliénation de la vie moderne urbaine, à travers des figures de mendiants, de vieillards et de marginaux croisés dans les rues de Paris, dans une prose d'une densité poétique remarquable malgré l'absence de mètre et de rime. Le Spleen de Paris reste le texte fondateur du poème en prose moderne, qui influencera directement Rimbaud, Mallarmé puis tout le XXe siècle poétique. Baudelaire publie un premier ensemble de vingt poèmes, dont quatorze inédits, dans le feuilleton du journal La Presse les 26 et 27 août 1862, accompagné d'une lettre-dédicace à son directeur Arsène Houssaye qui servira ensuite de préface au recueil complet de cinquante pièces publié à titre posthume en 1869. Le titre définitif, Le Spleen de Paris, retenu par la postérité pour désigner ce recueil fondateur, met l'accent sur l'ancrage urbain et mélancolique de ces textes, complément en prose des thèmes déjà explorés en vers dans Les Fleurs du mal une décennie plus tôt. Ce recueil, resté inachevé à la mort de Baudelaire en 1867, n'est publié dans son intégralité qu'à titre posthume, laissant à la postérité le soin d'en fixer l'ordre définitif des textes. Chaque texte du recueil peut se lire indépendamment des autres, Baudelaire ayant lui-même souligné dans sa préface la liberté de composition offerte par cette forme nouvelle, sans début ni fin obligés.