Trois Contes (1877), unique recueil de nouvelles publié du vivant de Gustave Flaubert, rassemble trois récits d'une diversité de registres et d'époques remarquable qui illustrent la virtuosité stylistique accomplie de l'auteur à la fin de sa carrière : Un cœur simple, qui retrace avec une tendresse et une sobriété exceptionnelles l'existence humble et entièrement dévouée d'une servante normande, Félicité, dont l'amour se reporte successivement, faute d'affection humaine réciproque suffisante, sur les enfants de ses maîtres puis, dans un geste d'une intensité mystique et touchante, sur un perroquet empaillé qu'elle finit par confondre, dans sa vision mourante, avec l'image du Saint-Esprit lui-même ; La Légende de saint Julien l'Hospitalier, récit médiéval d'inspiration hagiographique retraçant l'existence tourmentée d'un noble chasseur voué dès l'enfance à une passion sanguinaire pour la traque et le massacre des animaux, jusqu'à ce qu'une malédiction prophétique annonçant qu'il tuera un jour ses propres parents ne se réalise tragiquement par mégarde, le poussant ensuite à une vie entière de pénitence et d'humilité rédemptrice culminant dans un geste de charité ultime envers un lépreux qui se révèle être le Christ lui-même ; et Hérodias, reconstitution historique et orientaliste somptueuse de l'exécution de saint Jean-Baptiste à la cour du tétrarque Hérode Antipas, où la danse fascinante de Salomé obtient la tête du prophète en récompense. Flaubert y déploie dans ces trois registres contrastés, réalisme contemporain modeste, légende médiévale édifiante et reconstitution antique somptueuse, la même exigence stylistique absolue et le même travail de documentation minutieux qui caractérisent l'ensemble de son œuvre, démontrant une virtuosité et une polyvalence remarquables dans le seul cadre resserré de la nouvelle brève, genre auquel il ne s'était pourtant jamais consacré aussi systématiquement auparavant. Ce recueil, salué unanimement par la critique de son temps comme un chef-d'œuvre de perfection formelle, offre un contrepoint précieux à la noirceur désenchantée de ses grands romans réalistes comme Madame Bovary ou L'Éducation sentimentale. Par la diversité maîtrisée de ses trois registres, Trois Contes demeure l'un des sommets de l'art de la nouvelle chez Flaubert.