François de Salignac de La Mothe- Fénelon
François de Salignac de La Mothe-Fénelon naît en 1651 dans une famille de noblesse périgourdine désargentée, et gravit les échelons ecclésiastiques jusqu'à devenir précepteur du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV et héritier présomptif du trône, charge prestigieuse pour laquelle il rédige spécialement, à des fins pédagogiques et morales, son ouvrage le plus célèbre, Les Aventures de Télémaque, publié en 1699, roman didactique en prose poétique retraçant les voyages initiatiques du fils d'Ulysse guidé par le sage Mentor, en réalité la déesse Minerve déguisée, dont le nom donnera naissance au terme commun de mentor pour désigner un guide et conseiller avisé. Fénelon y développe sous couvert de fiction antique une critique politique à peine voilée de l'absolutisme royal et des guerres de conquête menées par Louis XIV, prônant à travers les leçons dispensées à Télémaque un idéal de monarchie modérée, soucieuse du bien-être de ses sujets, pacifique et respectueuse des lois, critique implicite qui déplaît fortement au roi lui-même une fois l'ouvrage publié sans son autorisation préalable et qui contribue à la disgrâce définitive de son auteur. Fénelon s'illustre également comme figure majeure et controversée du mouvement mystique quiétiste, doctrine spirituelle prônant l'abandon total et passif de l'âme à l'amour divin sans considération d'intérêt personnel même pour son propre salut, défendue notamment par sa proche amie spirituelle Madame Guyon, position théologique qui lui vaut une condamnation retentissante par Rome après une controverse acharnée avec Bossuet, ancien mentor devenu adversaire théologique intransigeant. Exilé de la cour et relégué dans son seul diocèse de Cambrai après cette double disgrâce politique et religieuse, Fénelon y poursuit néanmoins une activité pastorale et intellectuelle intense jusqu'à sa mort en 1715, année qui voit également la mort de Louis XIV dont il avait discrètement critiqué le règne. Par sa critique politique novatrice de l'absolutisme dissimulée dans une fable antique, François de Salignac de La Mothe-Fénelon demeure une figure singulière des Lettres classiques françaises, entre pédagogie princière et mysticisme religieux contesté.