Jules Barbey d'Aurevilly naît en 1808 à Saint-Sauveur-le-Vicomte, en Normandie, dans une famille de petite noblesse terrienne profondément attachée à ses convictions royalistes et catholiques, héritage identitaire que Barbey revendiquera toute sa vie avec une flamboyance provocatrice, se posant en défenseur intransigeant d'un ordre ancien féodal et religieux contre la modernité bourgeoise et démocratique qu'il exècre. Installé à Paris où il cultive avec ostentation une image de dandy extravagant, rival revendiqué de la légende du dandysme anglais incarnée par Beau Brummell, à laquelle il consacre d'ailleurs un essai théorique fameux, Du dandysme et de George Brummell, Barbey mène une existence de polémiste et de critique littéraire redouté, rédigeant des chroniques d'une virulence et d'un style flamboyant qui lui valent autant d'admirateurs fervents que d'ennemis déclarés dans le monde littéraire parisien de son temps. Son œuvre romanesque, marquée par un goût prononcé pour l'étrange, la passion excessive et la transgression morale sous un vernis aristocratique et catholique, produit des textes devenus des classiques du genre comme L'Ensorcelée, Le Chevalier des Touches ou surtout Les Diaboliques, recueil de nouvelles publié en 1874 mettant en scène des figures féminines fatales et perverses dont l'audace scandaleuse pour l'époque lui vaut d'être poursuivi en justice pour outrage aux bonnes mœurs, procès qui contraint temporairement au retrait de l'ouvrage de la vente. Catholique fervent mais d'un tempérament profondément ambigu, fasciné littérairement par le mal et la transgression qu'il condamne pourtant moralement, Barbey d'Aurevilly incarne une tension caractéristique entre orthodoxie religieuse affichée et attirance esthétique pour le satanisme et la perversité, tension qui annonce directement certains développements ultérieurs du courant décadent porté notamment par Huysmans, dont il fut un défenseur critique admiratif. Mort en 1889 après une fin de vie marquée par la pauvreté et une reconnaissance littéraire tardive, Jules Barbey d'Aurevilly demeure une figure singulière et provocatrice de la littérature française du XIXe siècle, entre catholicisme intransigeant et fascination esthétique pour la transgression.