Nicolas Boileau Despréaux
Nicolas Boileau-Despréaux naît en 1636 à Paris dans une famille de robe, et entame des études de droit et de théologie avant de se consacrer entièrement à la littérature grâce à un héritage paternel qui lui assure une indépendance financière suffisante pour se dispenser de toute charge officielle. Boileau se fait d'abord connaître par ses Satires, poèmes mordants dans la tradition d'Horace et de Juvénal qui égratignent avec verve les mauvais poètes de son temps, les mœurs mondaines ridicules et la préciosité affectée, lui valant à la fois une réputation redoutée de censeur littéraire impitoyable et de nombreuses inimitiés durables parmi les auteurs qu'il éreinte sans ménagement dans ses vers. Son œuvre la plus durablement influente reste L'Art poétique, traité en vers publié en 1674, dans lequel il codifie et théorise avec autorité les règles esthétiques du classicisme français naissant, exigence de clarté, de raison, de vraisemblance et de bienséance, ainsi que le respect scrupuleux des trois unités de temps, de lieu et d'action au théâtre, doctrine qui exercera une influence normative considérable sur toute la littérature classique française et européenne pendant plus d'un siècle. Ami proche et défenseur assidu de Molière, Racine et La Fontaine, dont il contribue à asseoir la réputation critique face à leurs détracteurs respectifs, Boileau s'illustre également comme l'un des protagonistes majeurs du camp des Anciens dans la fameuse Querelle des Anciens et des Modernes qui divise la fin du siècle, défendant avec ténacité la supériorité indépassable des auteurs antiques grecs et latins contre les tenants d'un progrès littéraire moderne incarnés notamment par Charles Perrault. Nommé historiographe officiel du roi aux côtés de Racine, poste honorifique qui témoigne de sa position centrale dans l'establishment littéraire du règne de Louis XIV, Boileau termine sa vie comme l'arbitre incontesté du goût classique français, avant de mourir en 1711. Par la codification durable qu'il opère du classicisme littéraire français, Nicolas Boileau demeure la référence théorique obligée de toute réflexion sur l'esthétique du Grand Siècle.