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Bajazet (éditions Didot, 1854)Scène VII.

Bajazet (éditions Didot, 1854)
Chapitre 17 / 35

Scène VII.

ROXANE.

De tout ce que je vois que faut-il que je pense ?
Tous deux à me tromper sont-ils d’intelligence ?
Pourquoi ce changement, ce discours, ce départ ?
N’ai-je pas même entre eux surpris quelque regard ?
Bajazet interdit ! Atalide étonnée !
Ô ciel ! à cet affront m’auriez-vous condamnée ?
De mon aveugle amour seraient-ce là les fruits ?
Tant de jours douloureux, tant d’inquiètes nuits ;
Mes brigues, mes complots, ma trahison fatale,
N’aurai-je tout tenté que pour une rivale ?
Mais peut-être qu’aussi, trop prompte à m’affliger,
J’observe de trop près un chagrin passager :
J’impute à son amour l’effet de son caprice.
N’eût-il pas jusqu’au bout conduit son artifice ?
Prêt à voir le succès de son déguisement,
Quoi ! ne pouvait-il pas feindre encore un moment ?
Non, non, rassurons-nous : trop d’amour m’intimide.
Et pourquoi dans son cœur redouter Atalide ?
Quel serait son dessein ? Qu’a-t-elle fait pour lui ?
Qui de nous deux enfin le couronne aujourd’hui ?
Mais, hélas ! de l’amour ignorons-nous l’empire ?
Si par quelque autre charme Atalide l’attire,
Qu’importe qu’il nous doive et le sceptre et le jour ?
Les bienfaits dans un cœur balancent-ils l’amour ?
Et sans chercher plus loin, quand l’ingrat me sut plaire,
Ai-je mieux reconnu les bontés de son frère ?
Ah ! si d’une autre chaîne il n’était point lié,
L’offre de mon hymen l’eût-il tant effrayé ?
N’eût-il pas sans regret secondé mon envie ?
L’eût-il refusé, même aux dépens de sa vie ?
Que de justes raisons… Mais qui vient me parler ?
Que veut-on ?