Bajazet (éditions Didot, 1854) — Scène VIII.
Scène VIII.
Pardonnez si j’ose vous troubler :
Mais, madame, un esclave arrive de l’armée ;
Et quoique sur la mer la porte fût fermée,
Les gardes, sans tarder, l’ont ouverte à genoux,
Aux ordres du sultan qui s’adressent à vous.
Mais ce qui me surprend, c’est Orcan qu’il envoie.
Orcan !
Oui, de tous ceux que le sultan emploie,
Orcan, le plus fidèle à servir ses desseins,
Né sous le ciel brûlant des plus noirs Africains.
Madame, il vous demande avec impatience.
Mais j’ai cru vous devoir avertir par avance ;
Et souhaitant surtout qu’il ne vous surprît pas,
Dans votre appartement j’ai retenu ses pas.
Quel malheur imprévu vient encor me confondre ?
Quel peut être cet ordre ? et que puis-je répondre ?
Il n’en faut point douter, le sultan inquiet
Une seconde fois condamne Bajazet.
On ne peut sur ses jours sans moi rien entreprendre :
Tout m’obéit ici. Mais dois-je le défendre ?
Quel est mon empereur ? Bajazet ? Amurat ?
Jai trahi l’un ; mais l’autre est peut-être un ingrat.
Le temps presse. Que faire en ce doute funeste ?
Allons, employons bien le moment qui nous reste.
Ils ont beau se cacher, l’amour le plus discret
Laisse par quelque marque échapper son secret.
Observons Bajazet ; étonnons Atalide ;
Et couronnons l’amant, ou perdons le perfide.