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Bajazet (éditions Didot, 1854)Scène XI.

Bajazet (éditions Didot, 1854)
Chapitre 34 / 35

Scène XI.

ATALIDE, ACOMAT, OSMIN, ZAÏRE.
ACOMAT.

Il a tout vu. Ses yeux ne l’ont-ils point séduite ?
Roxane est-elle morte ?

OSMIN.

Roxane est-elle morte ? Oui, j’ai vu l’assassin
Retirer son poignard tout fumant de son sein.
Orcan, qui méditait ce cruel stratagème,
La servait à dessein de la perdre elle-même ;
Et le sultan l’avait chargé secrètement
De lui sacrifier l’amante après l’amant.
Lui-même, d’aussi loin qu’il nous a vus paraître :
« Adorez, a-t-il dit, l’ordre de votre maître ;
« De son auguste seing reconnaissez les traits,
« Perfides, et sortez de ce sacré palais. »
À ce discours, laissant la sultane expirante,
Il a marché vers nous ; et d’une main sanglante
Il nous a déployé l’ordre dont Amurat
Autorise ce monstre à ce double attentat.
Mais, seigneur, sans vouloir l’écouter davantage,
Transportés à la fois de douleur et de rage,
Nos bras impatients ont puni ce forfait,
Et vengé dans son sang la mort de Bajazet.

ATALIDE.

Bajazet !

ACOMAT.

Bajazet ! Que dis-tu ?

OSMIN.

Bajazet ! Que dis-tu ? Bajazet est sans vie.
L’ignoriez-vous ?

ATALIDE.

L’ignoriez-vous ? Ô ciel !

OSMIN.

L’ignoriez-vous ? Ô ciel ! Son amante en furie,
Près de ces lieux, seigneur, craignant votre secours,
Avait au nœud fatal abandonné ses jours.
Moi-même des objets j’ai vu le plus funeste,
Et de sa vie en vain j’ai cherché quelque reste :
Bajazet était mort. Nous l’avons rencontré
De morts et de mourants noblement entouré,
Que, vengeant sa défaite, et cédant sous le nombre,
Ce héros a forcés d’accompagner son ombre.
Mais puisque c’en est fait, seigneur, songeons à nous.

ACOMAT.

Ah ! destins ennemis, où me réduisez-vous ?
Je sais en Bajazet la perte que vous faites,

Madame ; je sais trop qu’en l’état où vous êtes
Il ne m’appartient point de vous offrir l’appui
De quelques malheureux qui n’espéraient qu’en lui :
Saisi, désespéré d’une mort qui m’accable,
Je vais, non point sauver cette tête coupable,
Mais, redevable aux soins de mes tristes amis,
Défendre jusqu’au bout leurs jours qu’ils m’ont commis.
Pour vous, si vous voulez qu’en quelque autre contrée
Nous allions confier votre tête sacrée,
Madame, consultez : maîtres de ce palais,
Mes fidèles amis attendront vos souhaits ;
Et moi, pour ne point perdre un temps si salutaire,
Je cours où ma présence est encor nécessaire ;
Et jusqu’au pied des murs que la mer vient laver,
Sur mes vaisseaux tout prêts je viens vous retrouver.