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Bajazet (éditions Didot, 1854)Scène VI.

Bajazet (éditions Didot, 1854)
Chapitre 23 / 35

Scène VI.

ROXANE, ACOMAT, OSMIN.
ACOMAT.

Que faites-vous, madame ? en quels retardements
D’un jour si précieux perdez-vous les moments ?
Byzance, par mes soins presque entière assemblée,
Interroge ses chefs, de leur crainte troublée ;
Et tous pour s’expliquer, ainsi que mes amis,
Attendent le signal que vous m’aviez promis.
D’où vient que, sans répondre à leur impatience,
Le sérail cependant garde un triste silence ?
Déclarez-vous, madame ; et sans plus différer…

ROXANE.

Oui, vous serez content, je vais me déclarer.

ACOMAT.

Madame, quel regard, et quelle voix sévère,
Malgré votre discours, m’assurent du contraire ?
Quoi ! déjà votre amour, des obstacles vaincu…

ROXANE.

Bajazet est un traître, et n’a que trop vécu.

ACOMAT.

Lui !

ROXANE.

Lui ! Pour moi, pour vous-même, également perfide,
Il nous trompait tous deux.

ACOMAT.

Il nous trompait tous deux. Comment !

ROXANE.

Il nous trompait tous deux. Comment ! Cette Atalide,
Qui même n’était pas un assez digne prix
De tout ce que pour lui vous avez entrepris…

ACOMAT.

Eh bien !

ROXANE.

Eh bien ! Lisez : jugez, après cette insolence,
Si nous devons d’un traître embrasser la défense.
Obéissons plutôt à la juste rigueur
D’Amurat qui s’approche et retourne vainqueur ;
Et livrant sans regret un indigne complice,
Apaisons le sultan par un prompt sacrifice.

ACOMAT, lui rendant le billet.

Oui, puisque jusque-là l’ingrat m’ose outrager,
Moi-même, s’il le faut, je m’offre à vous venger,
Madame. Laissez-moi nous laver l’un et l’autre
Du crime que sa vie a jeté sur la nôtre.
Montrez-moi le chemin, j’y cours.

ROXANE.

Montrez-moi le chemin, j’y cours. Non, Acomat :
Laissez-moi le plaisir de confondre l’ingrat.
Je veux voir son désordre, et jouir de sa honte.
Je perdrais ma vengeance en la rendant si prompte.
Je vais tout préparer. Vous, cependant, allez
Disperser promptement vos amis assemblés.