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Jean Racine
Bérénice (éditions Didot, 1854)
MDCCCLIV
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XIXe siècle · 1854

Bérénice (éditions Didot, 1854)

1854Classique Français ClassiqueClassicisme
AmourPolitique

Bérénice (1670), tragédie de Jean Racine composée dans une rivalité de création restée célèbre avec Corneille, qui produit la même année une pièce sur le même sujet historique, Tite et Bérénice, met en scène le déchirement amoureux de Titus, empereur romain récemment monté sur le trône, contraint par la raison d'État et l'opposition intraitable du peuple et du Sénat romains à toute union avec une reine étrangère, de renoncer définitivement à épouser Bérénice, reine de Palestine dont il est pourtant sincèrement et profondément épris depuis de longues années, sacrifice politique déchirant qu'il impose à lui-même et à celle qu'il aime au nom du seul devoir impérial. Racine y développe, dans ce qui constitue l'une des tragédies les plus dépouillées de toute action extérieure spectaculaire de tout son théâtre, réduite à cinq actes d'une simplicité et d'une économie dramatique radicales sans meurtre ni intrigue secondaire complexe, toute l'intensité tragique reposant exclusivement sur l'analyse psychologique minutieuse et déchirante de la douleur amoureuse contenue et de la séparation inévitable, résumée dans sa propre formule théorique définissant la tragédie comme fondée sur « une action simple, chargée de peu de matière », en opposition délibérée à la construction plus complexe et plus mouvementée du théâtre cornélien rival. Le rival malheureux de Titus dans cette pièce, le roi Antiochus, également amoureux en secret de Bérénice depuis des années sans jamais avoir osé le lui avouer par respect pour l'amour de son ami Titus, ajoute à la tragédie une troisième figure de sacrifice sentimental résigné, tous trois personnages principaux de la pièce se séparant finalement dans une douleur commune et partagée sans qu'aucun meurtre ni catastrophe extérieure ne vienne ponctuer ce dénouement d'une tristesse purement intérieure et contenue. Cette pièce, dont la formule finale de Bérénice, « Hélas ! », résume à elle seule toute l'économie tragique du dénouement, illustre magistralement la conception racinienne d'une tragédie de la passion contenue plutôt que de l'action spectaculaire. Par l'épure psychologique exceptionnelle de sa tragédie de la séparation, Bérénice demeure l'une des œuvres les plus dépouillées et les plus bouleversantes du théâtre racinien.