Phèdre (1677), sommet absolu de l'art tragique de Racine et considérée par une large partie de la critique comme la plus grande tragédie de toute la littérature française, met en scène Phèdre, épouse du roi Thésée, rongée de l'intérieur par une passion incestueuse et honteuse qu'elle éprouve malgré elle pour Hippolyte, fils que Thésée a eu d'un premier mariage, passion qu'elle tente vainement de dissimuler et de combattre par tous les moyens avant qu'une fausse rumeur de la mort de Thésée ne la pousse, dans un moment de désespoir et de folie passionnelle, à avouer ses sentiments interdits à Hippolyte lui-même, qui la repousse avec horreur et dégoût. Au retour inopiné de Thésée que l'on croyait mort, Phèdre, terrifiée à l'idée que son aveu soit révélé et que sa réputation et celle de ses enfants soient irrémédiablement souillées, laisse sa confidente Œnone accuser mensongèrement Hippolyte d'avoir lui-même tenté de la séduire, calomnie qui pousse Thésée, fou de rage et de douleur, à maudire son propre fils et à invoquer contre lui la vengeance du dieu Neptune, qui envoie un monstre marin causer la mort tragique et injuste du jeune homme innocent. Racine y pousse à son paroxysme absolu sa conception janséniste et pessimiste de la passion humaine, montrée comme une force irrationnelle et destructrice à laquelle la volonté et la raison ne peuvent absolument rien opposer, Phèdre elle-même se percevant comme une victime consciente et impuissante d'une fatalité qui la dépasse totalement et la conduit inexorablement à sa propre destruction par le poison qu'elle absorbe après avoir enfin avoué la vérité. Considérée comme le chef-d'œuvre absolu de la tragédie classique française, Phèdre demeure la pièce la plus jouée et la plus commentée de tout le théâtre racinien. Cette tragédie, dont le personnage de Phèdre a inspiré des interprétations théâtrales considérées comme des sommets de l'art dramatique français, notamment celles de Sarah Bernhardt puis de nombreuses grandes actrices du XXe siècle, doit également beaucoup à sa source antique, la Phèdre d'Euripide et l'Hippolyte de Sénèque, que Racine transforme profondément en resserrant l'action et en accentuant la culpabilité intérieure de son héroïne.