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Jean Racine
Les Plaideurs (éditions Didot, 1854)
MDCCCLIV
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XIXe siècle · 1854

Les Plaideurs (éditions Didot, 1854)

1854Théâtre Français ThéâtreClassicisme
AmourJustice

Les Plaideurs (1668), unique comédie que Racine ait jamais composée au sein d'une œuvre par ailleurs presque exclusivement vouée à la tragédie, naît d'une réplique personnelle à une parodie moqueuse de son Andromaque, La Folle Querelle, rédigée par un certain Subligny, et s'inspire directement des Guêpes du dramaturge grec Aristophane pour livrer une satire mordante et burlesque du monde de la justice et des gens de loi de son époque. La pièce met en scène le juge Dandin, magistrat atteint d'une véritable passion obsessionnelle et grotesque pour son métier au point de vouloir juger des procès jusque dans sa propre maison, son fils Léandre, amoureux d'Isabelle, et le père de celle-ci, Chicanneau, bourgeois processif engagé dans une querelle interminable et absurde avec la comtesse de Pimbesche, rivalité judiciaire ridicule qui sert de prétexte à Racine pour multiplier les scènes cocasses sur le jargon pédant et l'absurdité procédurière des hommes de loi de son temps. Racine y développe, avec un art du vers comique et de la satire sociale qui tranche radicalement avec la gravité tragique de ses autres œuvres, l'intrigue classique de l'amour contrarié par des pères entêtés que la ruse des jeunes gens finit par déjouer, tout en visant plus particulièrement le zèle excessif de certains magistrats et la lenteur ridicule de la justice de son époque. Cette comédie unique dans l'œuvre racinienne, longtemps sous-estimée par la postérité au regard de ses grandes tragédies, reste appréciée pour la verve comique inattendue qu'elle révèle chez un auteur par ailleurs entièrement identifié au genre tragique le plus sérieux. Cette comédie, créée par la troupe de Molière lui-même en 1668, connaît un succès notable qui surprend Racine, davantage habitué aux applaudissements pour ses tragédies que pour l'exercice comique. Cette incursion unique dans le registre comique reste précieuse pour comprendre l'étendue véritable du talent racinien, trop souvent réduit à sa seule dimension tragique par la postérité.