Aller au contenu principal

La mort de César: TragédieCESAR.

La mort de César: Tragédie
Chapitre 3 / 70

CESAR.

L'amitié, cher Antoine; il faut t'ouvrir mon coeur.

Tu sais que je te quitte, & le destin m'ordonne

De porter nos drapeaux aux champs de Babylone.

Je pars, & vai venger sur le Parthe inhumain

La honte de Crassus & du peuple Romain.

L'aigle des légions, que je retiens encore,

Demande à s'envoler vers les mers du Bosphore;

Et mes braves soldats n'attendent pour signal,

Que de revoir mon front ceint du bandeau royal.

Peut-être avec raison Cesar peut entreprendre

D'attaquer un pays qu'a soumis Alexandre.

Peut-être les Gaulois, Pompée & les Romains,

Valent bien les Persans subjugués par ses mains.

J'ose au moins le penser; & ton ami se flate

Que le vainqueur du Rhin peut l'être de l'Euphrate.

Mais cet espoir m'anime, & ne m'aveugle pas.

Le sort peut se lasser de marcher sur mes pas:

La plus haute sagesse en est souvent trompée;

Il peut quitter Cesar, ayant trahi Pompée;

Et dans les factions, comme dans les combats,

Du triomphe à la chute il n'est souvent qu'un pas.

J'ai servi, commandé, vaincu, quarante années;

Du Monde entre mes mains j'ai vu les destinées;

Et j'ai toujours connu qu'en chaque évenement

le destin des Etats dépendait d'un moment.

Quoi qu'il puisse arriver, mon coeur n'a rien à craindre;

Je vaincrai sans orgueuil, ou mourrai sans me plaindre.

Mais j'exige en partant, de ta tendre amitié,

Qu'Antoine à mes enfans soit pour jamais lié;

Que Rome par mes mains défenduë & conquise,

que la Terre à mes fils, comme à toi, soit soumise;

Et qu'emportant d'ici le grand titre de Roi,

Mon sang & mon ami le prennent après moi.

Je te laisse aujourdhui ma volonté dernière.

Antoine, à mes enfans il faut servir de père.

Je ne veux point de toi demander des sermens,

De la foi des humains sacrés & vains garans;

Ta promesse suffit, & je la crois plus pure

Que les autels des Dieux entourés du parjure.