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La mort de César: TragédieBRUTUS.

La mort de César: Tragédie
Chapitre 33 / 70

BRUTUS.

Pour venger la patrie il suffit de nous-mêmes.

Dolabella, Lépide, Emile, Bibulus,

Ou tremblent sous Cesar, ou bien lui sont vendus;

Ciceron qui d'un traître a puni l'insolence,

Ne sert la liberté que par son éloquence,

Hardi dans le Sénat, faible dans le danger,

Fait pour haranguer Rome, & non pour la venger.

Laissons à l'Orateur, qui charme sa patrie,

Le soin de nous louer, quand nous l'aurons servie.

Non, ce n'est qu'avec vous que je veux partager

Cet immortel honneur, & ce pressant danger.

Dans une heure au Sénat le Tyran doit se rendre:

Là, je le punirai; là, je le veux surprendre;

Là, je veux que ce fer, enfoncé dans son sein,

Venge Caton, Pompée, & le peuple Romain.

C'est hazarder beaucoup. Ses ardens satellites

Partout du Capitole occupent les limites;

Ce peuple mou, volage, & facile à fléchir,

Ne sait s'il doit encor l'aimer ou le haïr.

Notre mort, mes amis, paraît inévitable.

Mais qu'une telle mort est noble & désirable!

Qu'il est beau de périr dans des desseins si grands,

De voir couler son sang dans le sang des Tyrans!

Qu'avec plaisir alors on voit sa dernière heure!

Mourons, braves amis, pourvû que Cesar meure,

Et que la liberté, qu'oppriment ses forfaits,

Renaisse de sa cendre, & revive à jamais.