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La mort de César: TragédieCESAR.

La mort de César: Tragédie
Chapitre 9 / 70

CESAR.

Il a d'autres vertus; son superbe courage

Flate en secret le mien, même alors qu'il l'outrage.

Il m'irrite, il me plaît. Son coeur indépendant

Sur mes sens étonnés prend un fier ascendant.

Sa fermeté m'impose, & je l'excuse même,

De condamner en moi l'autorité suprême.

Soit qu'étant homme & père, un charme séducteur,

L'excusant à mes yeux, me trompe en sa faveur;

Soit qu'étant né Romain, la voix de ma patrie

Me parle malgré moi contre ma tyrannie;

Et que la liberté que je viens d'opprimer,

Plus forte encor que moi, me condamne à l'aimer.

Te dirai-j encor plus? Si Brutus me doit l'être,

S'il est fils de Cesar, il doit haïr un Maître.

J'ai pensé comme lui, dès mes plus jeunes ans;

J'ai détesté Sylla, j'ai haï les Tyrans.

J'eusse été Citoyen, si l'orgueilleux Pompée

N'eut voulu m'opprimer sous sa gloire usurpée.

Né fier, ambitieux, mais né pour les vertus,

Si je n'étais Cesar, j'aurais été Brutus.

Tout homme à son état doit plier son courage.

Brutus tiendra bientôt un différent langage,

Quand il aura connu de quel sang il est né.

Croi-moi, le Diadème à son front destiné,

Adoucira dans lui sa rudesse importune;

Il changera de moeurs, en changeant de fortune.

La nature, le sang, mes bienfaits, tes avis,

Le devoir, l'intérêt, tout me rendra mon fils.