La mort de César: Tragédie — ANTOINE.
ANTOINE.
Contre ses meurtriers, je n'ai, rien à vous dire;
C'est à servir l'Etat que leur grand coeur aspire.
De votre Dictateur, ils ont percé le flanc;
Comblés de ses bienfaits, ils sont teints de son sang.
Pour forcer des Romains à ce coup détestable,
Sans doute il fallait bien que Cesar fût coupable;
Je le crois. Mais enfin Cesar a-t'il jamais
De son pouvoir sur vous appesanti le faix?
A-t'il gardé pour lui le fruit de ses conquêtes?
Des dépouilles du Monde il couronnait vos têtes.
Tout l'or des Nations, qui tombaient sous ses coups
Tout le prix de son sang fut prodigué pour vous.
De son char de triomphe il voyait vos allarmes:
Cesar en descendait pour essuyer vos larmes.
Du monde qu'il soumit vous triomphez en paix,
Puissans par son courage, heureux par ses bienfaits,
Il payait le service, il pardonnait l'outrage.
Vous le savez, grands Dieux! vous dont il fut l'image;
Vous, Dieux, qui lui laissiez le Monde à gouverner,
Vous savez si son coeur aimoit à pardonner.