La mort de César: Tragédie — CESAR.
CESAR.
Rome demande un Maître;
Un jour à tes dépens tu l'apprendras peut-être.
Tu vois nos Citoyens plus puissans que des Rois.
Nos moeurs changent, Brutus; il faut changer nos Loix.
La liberté n'est plus que le droit de se nuire:
Rome, qui détruit tout, semble enfin se détruire.
Ce Colosse effrayant, dont le monde est foulé,
En pressant l'Univers, est lui-même ébranlé.
Il penche vers sa chute, & contre la tempête
Il demande mon bras pour soutenir sa tête.
Enfin depuis Sylla, nos antiques vertus,
Les Loix, Rome, l'Etat, sont des noms superflus.
Dans nos tems corrompus, pleins de guerres civiles,
Tu parles comme au tems des Dèces, des Emiles.
Caton t'a trop séduit, mon cher fils, je prévoi
Que ta triste vertu perdra l'Etat & toi.
Fai céder, si tu peux, ta raison détrompée
Au vainqueur de Caton, au vainqueur de Pompée,
A ton père qui t'aime, & qui plaint ton erreur.
Sois mon fils en effet, Brutus, ren-moi ton coeur;
Pren d'autres sentimens, ma bonté t'en conjure;
Ne force point ton ame à vaîncre la nature.
Tu ne me répons rien: tu détournes les yeux?