Aller au contenu principal

La mort de César: TragédieBRUTUS.

La mort de César: Tragédie
Chapitre 50 / 70

BRUTUS.

Eh bien, à vos regards mon ame est dévoilée?

Lisez-y les horreurs dont elle est accablée.

Je ne vous céle rien, ce coeur s'est ébranlé,

De mes stoïques yeux des larmes ont coulé.

Après l'affreux serment, que vous m'avez vû faire,

Prêt à servir l'Etat, mais à tuer mon père,

Pleurant d'être son fils, honteux de ses bienfaits,

Admirant ses vertus, condamnant ses forfaits,

Voyant en lui mon père, un coupable, un grand homme,

Entrainé par Cesar, & retenu par Rome,

D'horreur & de pitié mes esprits déchirés,

Ont souhaité la mort que vous lui préparez.

Je vous dirai bien plus, sachez que je l'estime.

Son grand coeur me séduit, au sein même du crime;

Et si sur les Romains quelqu'un pouvait régner,

Il est le seul Tyran que l'on dût épargner.

Ne vous allarmez point; ce nom que je déteste,

Ce nom seul de Tyran l'emporte sur le reste,

Le Sénat, Rome, & vous, vous avez tous ma foi:

Le bien du Monde entier me parle contre un Roi.

J'embrasse avec horreur une vertu cruelle;

J'en frissonne à vos yeux; mais je vous suis fidelle.

Cesar me va parler que ne puis-je aujourd'hui

L'attendrir, le changer, sauver l'Etat & lui!

Veuillent les Immortels, s'expliquant par ma bouche,

Prêter à mon organe un pouvoir qui le touche!

Mais si je n'obtiens rien de cet ambitieux,

Levez le bras, frappez, je détourne les yeux.

Je ne trahirai point mon pays pour mon père:

Que l'on approuve, ou non, ma fermeté sévère,

Qu'à l'Univers surpris cette grande action

Soit un objet d'horreur ou admiration:

Mon esprit peu jaloux de vivre en la mémoire,

Ne considére point le reproche ou la gloire;

Toujours indépendant, & toujours Citoyen.

Mon devoir me suffit, tout le reste n'est rien.

Allez, ne songez plus qu'à sortir d'esclavage.