Les Filles du feu (1854) rassemble plusieurs récits et nouvelles de Gérard de Nerval, dont le plus célèbre, Sylvie, raconte comment le narrateur, épris à Paris d'une actrice insaisissable, Aurélie, retourne par nostalgie dans sa province natale du Valois où resurgissent en lui, mêlés inextricablement, les souvenirs d'enfance de deux figures féminines de sa jeunesse, la douce et rustique Sylvie et l'évanescente Adrienne aperçue une seule fois lors d'une fête villageoise et dont l'image idéalisée n'a jamais cessé de le hanter depuis, brouillant délibérément la frontière entre souvenir réel et pure rêverie reconstruite. Nerval y développe une prose d'une musicalité et d'une nostalgie mélancolique exceptionnelles, où le temps retrouvé de l'enfance provinciale se superpose sans cesse au présent parisien du narrateur, dans une méditation subtile sur la mémoire, l'identité incertaine des figures féminines aimées qui semblent toutes se confondre en une seule image idéale insaisissable, et l'impossibilité de retrouver authentiquement le passé sinon par la médiation transfiguratrice de l'écriture elle-même. Ce recueil, dont Sylvie est considérée par de nombreux critiques comme l'une des nouvelles les plus parfaites de toute la littérature française par sa construction musicale et sa fluidité temporelle onirique, annonce directement par sa technique de la mémoire involontaire et de la superposition des époques certaines recherches ultérieures de Proust sur le temps retrouvé. Par sa prose d'une grâce mélancolique unique et sa méditation sur la mémoire et l'identité féminine insaisissable, ce recueil demeure l'un des sommets de la prose poétique romantique française.