Né Gérard Labrunie en 1808 à Paris, celui qui prendra le nom de plume de Gérard de Nerval perd sa mère alors qu'il n'a même pas deux ans, celle-ci décédant en Silésie où elle avait suivi son mari médecin militaire dans les campagnes napoléoniennes, absence maternelle précoce qui nourrira durablement chez lui une quête obsessionnelle de figures féminines idéalisées et insaisissables tout au long de son œuvre. Traducteur remarqué du Faust de Goethe dès l'âge de dix-neuf ans, salué par Goethe lui-même, Nerval fréquente activement les cercles romantiques parisiens, notamment le groupe du Petit Cénacle autour de Théophile Gautier, tout en menant une carrière de journaliste voyageur qui le conduit notamment en Orient, dont il tire un Voyage en Orient riche d'observations sur l'Égypte, le Liban et la Turquie ottomane. Nerval souffre à partir de 1841 de crises de folie récurrentes qui le conduisent à plusieurs internements en maison de santé, épisodes psychiatriques qu'il transforme paradoxalement en matière littéraire d'une originalité visionnaire dans Aurélia, récit publié après sa mort qui explore de l'intérieur, avec une prose halluciné et pourtant maîtrisée, les mécanismes de sa propre folie et sa quête mystique éperdue de rédemption à travers diverses traditions ésotériques convoquées simultanément. Son chef-d'œuvre en prose, Sylvie, publié dans le recueil Les Filles du feu en 1854, développe une méditation nostalgique d'une grâce et d'une musicalité exceptionnelles sur la mémoire et l'identité incertaine des figures féminines aimées, superposant sans cesse souvenirs d'enfance provinciale et désenchantement parisien présent dans une construction temporelle fluide qui annoncera, des décennies plus tard, certaines recherches proustiennes sur la mémoire involontaire. Retrouvé pendu dans une rue parisienne dans des circonstances restées mystérieuses entre suicide et accident en 1855, quelques mois seulement après la publication des Filles du feu, Gérard de Nerval laisse une œuvre brève mais d'une intensité poétique et visionnaire exceptionnelle, restée depuis une référence majeure pour le surréalisme naissant qui reconnaîtra en lui l'un de ses précurseurs directs.