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Gérard de Nerval
Sylvie
MDCCCLIII
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Source : Wikisource
XIXe siècle · 1853

Sylvie

1853Nouvelle Français Romantisme NouvellesRomantisme

Sylvie (1853), nouvelle considérée par de nombreux critiques comme l'une des œuvres les plus parfaites de toute la prose française du XIXe siècle, raconte comment le narrateur, épris à Paris d'une actrice insaisissable nommée Aurélie, retourne par nostalgie soudaine dans sa province natale du Valois où resurgissent en lui, mêlés inextricablement dans une même rêverie, les souvenirs d'enfance de deux figures féminines distinctes de sa jeunesse : la douce et rustique Sylvie, jeune paysanne qu'il a délaissée par ambition sociale et littéraire, et l'évanescente Adrienne, aperçue une seule fois enfant lors d'une fête villageoise et dont l'image idéalisée, quasi mystique, n'a jamais cessé de le hanter secrètement depuis, brouillant délibérément chez le narrateur la frontière entre souvenir réel et pure reconstruction rêveuse du passé. Nerval y développe une prose d'une musicalité et d'une nostalgie mélancolique exceptionnelles, où le temps retrouvé de l'enfance provinciale se superpose sans cesse au présent parisien désenchanté du narrateur, dans une méditation subtile sur la mémoire, l'identité incertaine des figures féminines aimées qui semblent toutes se confondre progressivement en une seule image idéale insaisissable, et l'impossibilité douloureuse de retrouver authentiquement le passé sinon par la médiation transfiguratrice de l'écriture elle-même. Cette nouvelle, dont la construction musicale et la fluidité temporelle onirique annoncent directement certaines recherches ultérieures de Proust sur la mémoire involontaire et le temps retrouvé, reste considérée comme l'un des sommets absolus de la prose poétique française, admirée pour sa grâce mélancolique unique par des générations d'écrivains et de critiques ultérieurs. Par sa prose d'une grâce mélancolique inégalée et sa méditation précurseur sur la mémoire, Sylvie demeure l'un des textes les plus admirés de toute la littérature française du XIXe siècle. Proust lui-même rendra un hommage appuyé à cette nouvelle dans son essai Contre Sainte-Beuve, reconnaissant dans la construction musicale et la fluidité temporelle de Sylvie une préfiguration directe de sa propre recherche sur la mémoire involontaire, filiation littéraire qui contribue largement à la réévaluation critique tardive de l'œuvre nervalienne au XXe siècle.