Voyage en Orient (1851) rassemble les impressions et récits que Gérard de Nerval tire de son long périple à travers l'Égypte, le Liban et la Turquie entrepris dans les années 1840, mêlant récit de voyage documenté avec précision sur les mœurs, les paysages et les populations rencontrées, contes orientaux recueillis ou réinventés au fil du parcours, et digressions poétiques et méditatives qui transforment ce voyage géographique réel en une véritable quête initiatique et spirituelle à la recherche d'un Orient à la fois authentique et fantasmé. Nerval y développe une écriture de voyage singulière, refusant le simple compte rendu touristique factuel pour y mêler constamment rêverie personnelle, érudition mythologique et ésotérique, et une quête presque mystique de sens à travers les civilisations et les religions orientales rencontrées en chemin, dans une démarche qui reflète sa fascination croissante, également perceptible dans Aurélia, pour les traditions occultes et les correspondances secrètes entre les mythologies de différentes cultures. Ce texte hybride, à mi-chemin entre récit de voyage documentaire et rêverie poétique personnelle, illustre parfaitement la manière nervalienne de brouiller les frontières entre observation objective du monde réel et projection subjective de l'imaginaire du voyageur, technique qu'il développera plus intensément encore dans ses derniers textes consacrés à sa propre folie. Par la richesse de sa documentation orientaliste mêlée à sa dimension onirique et personnelle, ce récit de voyage reste l'un des plus originaux et des plus singuliers de la littérature française du XIXe siècle consacrée à l'Orient.