Les Natchez (rédigé dès les années 1790, publié seulement en 1826), vaste roman épique que Chateaubriand conçoit dès son séjour en Amérique et dont il tirera par la suite Atala et René comme épisodes détachés publiés séparément avant l'ensemble, raconte les amours contrariées et les guerres tribales entourant René, personnage éponyme du récit détaché bien connu, adopté par la tribu indienne des Natchez en Louisiane, dans une fresque ambitieuse mêlant destinée personnelle du héros européen exilé et grand récit historique du conflit opposant les tribus amérindiennes aux colons français puis anglais qui empiètent progressivement sur leurs territoires ancestraux. Chateaubriand y déploie une vision à la fois épique et déjà nostalgique de la civilisation amérindienne, qu'il pressent condamnée à disparaître sous la pression coloniale européenne, tout en célébrant la grandeur sauvage et la noblesse morale de ces peuples autochtones dans une veine qui annonce directement le mythe littéraire du « bon sauvage » que développera abondamment la littérature romantique ultérieure. Ce vaste ensemble romanesque, dont Chateaubriand n'a publié de son vivant que des fragments détachés les plus réussis, notamment Atala et René qui connaîtront un succès bien supérieur à celui de l'ensemble originel, témoigne de l'ambition démesurée du projet initial de Chateaubriand de composer une véritable épopée américaine à la mesure des grandes épopées classiques. Par sa vision grandiose et déjà élégiaque du monde amérindien voué à la disparition, ce texte reste un témoignage precieux des premières fascinations européennes romantiques pour l'Amérique sauvage. Rédigé pour l'essentiel dès les années 1790 durant l'exil londonien de Chateaubriand, sur un manuscrit qu'il décrit lui-même comme comptant plus de deux mille trois cents pages in-folio, l'ensemble n'est finalement publié qu'en 1826, Atala et René en ayant été détachés et publiés séparément dès 1801 et 1802 avec un succès bien supérieur à celui que connaîtra le vaste ensemble original.