Les Fourberies de Scapin (1671) met en scène le valet Scapin, personnage de fourbe rusé hérité directement de la commedia dell'arte italienne, qui multiplie les stratagèmes les plus audacieux pour venir en aide à deux jeunes maîtres, Octave et Léandre, amoureux de jeunes filles que leurs pères respectifs, Argante et Géronte, refusent absolument comme épouses par pur calcul financier et convenance sociale. Scapin invente ruse sur ruse pour soutirer de l'argent aux deux vieillards avares, notamment dans une scène restée légendaire où il persuade Géronte de se cacher dans un sac pour échapper à de prétendus spadassins, avant de le rouer lui-même de coups à travers la toile en imitant plusieurs voix différentes, situation de pure farce physique devenue l'un des sommets du comique moliéresque. Les péripéties se résolvent finalement par un heureux hasard généalogique classique du genre, révélant que les jeunes filles aimées sont en réalité de bonne naissance, permettant les mariages désirés malgré l'opposition initiale des pères, tandis que Scapin, démasqué mais pardonné pour son ingéniosité, s'en sort sans autre punition que quelques remontrances. Pièce la plus directement héritée de la farce populaire et de la tradition italienne dans tout le répertoire de Molière, Les Fourberies de Scapin reste l'une des comédies les plus jouées pour son pur plaisir comique et sa virtuosité de mise en scène physique.