Marie de Rabutin-Chantal marquise de Sévigné
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, naît en 1626 à Paris dans une famille de vieille noblesse bourguignonne, orpheline très jeune de ses deux parents et élevée par des oncles maternels qui lui assurent une éducation remarquablement soignée pour une femme de son époque, notamment en langues anciennes et modernes, formation intellectuelle qui nourrira toute sa vie durant son goût prononcé pour la lecture et l'écriture épistolaire. Mariée jeune au marquis de Sévigné, noble breton dissipé et infidèle qui meurt en duel après quelques années seulement de mariage tumultueux, laissant la jeune marquise veuve avec deux enfants à élever seule, Madame de Sévigné consacre alors l'essentiel de son existence sociale et affective à la fréquentation assidue des salons mondains les plus raffinés du Paris de son temps, notamment celui de Madame de Rambouillet, ainsi qu'à une correspondance abondante et régulière avec de nombreux proches, dont la plus célèbre et la plus volumineuse est adressée sur plusieurs décennies à sa fille bien-aimée, Madame de Grignan, installée en Provence loin d'elle après son propre mariage. Cette correspondance intime, jamais destinée à l'origine à une publication mais conservée et éditée après sa mort grâce aux copies conservées par sa petite-fille, développe un art épistolaire d'une vivacité, d'une spontanéité et d'une élégance stylistique remarquables, mêlant chroniques mondaines savoureuses sur la vie de cour et les grands événements politiques de son temps, réflexions morales et religieuses influencées par le jansénisme de Port-Royal qu'elle fréquente, et surtout une expression d'un amour maternel d'une intensité et d'une sincérité exceptionnelles envers sa fille éloignée, dont l'absence prolongée la plonge dans une mélancolie récurrente qu'elle exprime avec un art consommé du récit et de la formule frappante. Considérée depuis le XIXe siècle comme l'un des plus grands prosateurs classiques français malgré le caractère strictement privé et non littéraire de son projet d'écriture initial, Madame de Sévigné meurt en 1696 en Provence, précisément auprès de cette fille à laquelle elle avait consacré l'essentiel de sa correspondance. Par la vivacité et la sincérité inégalées de son art épistolaire, Madame de Sévigné demeure la référence absolue du genre de la lettre littéraire classique française.