Athalie (1691), dernière grande tragédie de Racine composée à la demande de Madame de Maintenon pour être jouée par les jeunes filles de la maison d'éducation de Saint-Cyr, s'inspire d'un épisode de l'Ancien Testament et met en scène la reine Athalie, usurpatrice cruelle et idolâtre du trône de Juda qui a fait massacrer toute sa propre descendance royale légitime pour s'emparer du pouvoir, à l'exception du jeune Joas, sauvé secrètement dans son enfance et élevé caché dans le Temple de Jérusalem par le grand prêtre Joad sans qu'Athalie ne sache que cet héritier légitime a survécu à son massacre. La pièce culmine sur la révélation publique de l'identité de Joas et son couronnement solennel orchestré par Joad au sein même du Temple, retournement dramatique qui précipite la chute et la mort d'Athalie, venue en personne au Temple pour affronter ce jeune roi dont elle vient tout juste de découvrir la véritable identité et la légitimité dynastique qu'elle croyait avoir définitivement éradiquée. Racine y déploie, dans cette tragédie religieuse d'inspiration biblique destinée à un public de jeunes filles pieuses, une méditation puissante sur la providence divine qui déjoue finalement les entreprises humaines les plus criminelles et rétablit, malgré les apparences les plus sombres, l'ordre légitime voulu par Dieu, tout en conservant intacte toute la tension dramatique et la grandeur tragique caractéristiques de son art le plus abouti. Considérée par de nombreux critiques comme l'égale des plus grandes tragédies profanes de Racine malgré son sujet religieux, Athalie reste l'un des sommets de son œuvre tardive. Le personnage historique de Joas correspond au roi biblique Joas de Juda, dont le règne restauré marque, selon le récit biblique que Racine suit fidèlement, le retour à l'alliance légitime entre la royauté davidique et le culte du vrai Dieu après l'interlude idolâtre d'Athalie. Racine y renoue aussi, après des années de silence dramatique, avec les chœurs lyriques chantés déjà expérimentés dans Esther.