Dom Juan ou le Festin de pierre (1665) met en scène le séducteur le plus célèbre de la littérature occidentale, noble libertin qui multiplie les conquêtes amoureuses et les mariages rompus sans le moindre remords, brave ouvertement la morale religieuse et l'autorité paternelle, et pousse l'insolence jusqu'à inviter à dîner la statue funéraire d'un homme qu'il a tué en duel. Molière y compose l'une de ses pièces les plus audacieuses et les plus philosophiques, mêlant comédie, tragédie et fantastique (la statue s'anime réellement et entraîne Dom Juan en Enfer dans un dénouement spectaculaire), pour interroger le libertinage de mœurs et de pensée alors très discuté dans les cercles savants du XVIIe siècle. Jugée scandaleuse et retirée de l'affiche après seulement quinze représentations, la pièce ne sera rétablie dans son texte intégral qu'au XIXe siècle. Dom Juan reste l'une des œuvres les plus complexes et les plus étudiées de Molière, bien au-delà de la simple comédie. Retiré de l'affiche après seulement quinze représentations sous la pression conjuguée du parti dévot et de la censure, le texte original ne sera jamais imprimé du vivant de Molière ; la version intégrale non censurée ne paraît qu'en 1682, neuf ans après sa mort, tandis qu'une version édulcorée conforme aux corrections scéniques circule en Hollande dès 1683. Les éditions modernes que nous lisons aujourd'hui sont donc toutes des reconstitutions savantes, établies a posteriori à partir de ces différentes sources fragmentaires et parfois contradictoires, puisque aucun manuscrit autographe ni édition originale intégrale conforme au texte réellement joué en 1665 n'a jamais été retrouvé. La pièce demeure aujourd'hui l'une des œuvres de Molière les plus montées et réinterprétées, chaque metteur en scène y trouvant matière à une lecture philosophique et politique renouvelée. Le valet Sganarelle, témoin effaré des frasques de son maître tout au long de la pièce, offre par ses commentaires bouffons un contrepoint comique bienvenu à la noirceur croissante du propos.